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Berlin, vibrations électro
Tour d'horizon de la scène électronique de la Capitale allemande
La scène électro berlinoise depuis plusieurs années a su évoluer et achever sa mutation au rythme des dance floors ou dans les salons d'écoute et s'écarter petit à petit des relents technoïdes de l'hyper-médiatisée Love Parade pour trouver une nouvelle voie entre house jazzy, post-rock, EBM minimale, rague punk et break beats. Cette nouvelle audace a emprunté de nombreux chemins, d'abord dans ce que le new yorkais Larry Tee a nommé l'électro-clash, mais aussi dans un raffinement progressif des beats technos et une abstraction des textures sonores donnant naissance à la scène électronica ou encore dans le mariage réussi de l'électronique avec un rock déconstruit.
Petit tour d'horizon des labels et groupes marquants en bord de Spree.
Sans se tromper on pourrait dire que depuis 2-3 ans, la scène électro-clash a conquis les pistes de danse et les cédéthèques de nombreux jeunes branchouilles à travers l'Europe. Basée sur des sonorités héritées en droite ligne des années '80, imitant - parfois jusqu'au plagiat - d'illustres prédécesseurs, tels Kraftwerk, Visage ou les premiers albums de Depeche Mode, et alliant une esthétique punkisante ou trash à un goût prononcé pour le glamour, cette nouvelle vague, véritable nu wave (en référence à la new wave dont elle se réclame) a fait sortir de l'ombre toute une génération de groupes et labels talentueux.
On ne peut évidemment passer sous silence l'emblématique label International Deejay Gigolo Records, avec à son catalogue la célèbrissime Miss Kittin (alias la grenobloise et à présent néo-berlinoise Caroline Hervé) dont le chant glacé, glamour et agaçant a provoqué des orgasmes frigides à répétition chez toute une génération ayant raté le train des eighties, mais aussi, et entre autres, tant est longue la liste de sorties du jeune label, l'EBM craignos de Dopplereffekt ou la synth-pop déjantée de Japanese Telecom. Bien sûr il serait injuste de ne pas citer DJ Hell (alias Helmut Josef Geier), fondateur du label, habile recycleur et homme-bionique, qui a sorti récemment son troisième album NY Muscle, plus dark que jamais, imprégné de références musicales à cheval entre Chicago, New-York et Berlin, introduisant dans un esprit clubber une rage post-punk et une froide mécanique industrielle. Il convie pour cet opus, le magistral Alan Vega et la diva technoïde Billie Ray Martin, pour une enfilade de morceaux passant de la cold-wave à l'EBM la plus martiale façon Front 242 des débuts ou une electro-punk proto tribale des plus réussies. Ce mélange des genres n'empêche cependant pas l'album de tenir la route et de s'avérer au final plus qu'un simple exercice de style sur le thème du recyclage. L'infernal M. Hell est aussi l'homme des compilations et on lui doit la sortie de Neu Deutsch, indispensable florilège de la new wave allemande d'hier et de la nu wave berlinoise d'aujourd'hui, qui fera sans conteste vibrer les foules sur des sons - faussement - analogiques et avec un brin de nostalgie dans les oreilles.
Autre poids lourd de cette scène explosive et en pleine effervescence depuis quelques années, le label Kitty-Yo et ses vedettes comme Gonzales et sa girlfriend la Canadienne velue Peaches, installée elle aussi sur les bords de la Spree. On y trouve une foule d'artistes souvent très intéressants allant du post-rock expérimental des Tarwater, duo formé à Berlin en 1995 composé de Bernd Jestram (guitariste/bassiste/programmeur) et de Ronald Lippok (batteur/chanteur/programmeur), dont on écoutera le fabuleux Animals, Suns and Atoms ou le plus récent Dwerells On The Threshold (2002). Ronald Lippok est également une des têtes pensantes de To Rococco Rot, avec Stefan Schneider et les frères Robert (guitare, électronique), qui finira par abolir complètement les barrières entre rock et électro, étant également adulé par les publics des uns et des autres.
Autre étoile montante du label, le duo Rechenzentrum, dont les performances audio-vidéo mêlent des textures anarco-électroniques à un recyclage habilement retraité de sons abrasifs ou plus ambients.
On ne saurait parler de la scène berlinoise en omettant celle qui depuis quelques années maintenant avec la sortie de son premier Stadtkind, suivi du sublime Berlinette, représente à elle seule la quintessence de la nouvelle vague électro allemande : à savoir Ellen Allien. Après avoir gagné ses lettres de noblesse en tant que DJ de clubs branchés (notamment l'excellent Trésor, installé dans la salle des coffres d'une ancienne banque de l'Est), elle a pu prouver grâce à la production pointue et les sonorités arctiques de son premier opus, qu'elle ne déméritait pas de figurer parmi le gratin de la jeune garde électro européenne. A la tête du très bon label BPitch Control, elle sort régulièrement compilations et remixes (dont le dernier Remix Collection passe à la moulinette Miss Kittin, Covenant et Sascha Funke entre autres). Berlinette met en lumière tout le talent de la jeune femme, de son savoir-faire de productrice à ses qualités de chanteuse en passant par sa connaissance de la scène DJ.
Preuve, s'il en fallait, de l'importance de la Capitale dans le paysage musical électro d'aujourd'hui, de nombreux labels qui avaient pignon sur rue dans des villes telles Cologne (Meteo Sound avec l'electro-climatique de Daniel Meteo), Hambourg (Ladomat, avec la synth-pop expérimentale de Phantom/Ghost ou l'intelligent techno de Sensorama, l'electro-pop de Von Spar ou de Spillsbury), Francfort (Perlon, label House avec notamment Ricardo Villalobos ou Markus Nikolai) ou Münich (Gigolo Records), ont fait leurs valises pour venir s'installer à Berlin. Sans parler de l'arrivée massive des artistes de tous horizons qui voient ici un nouvel Eldorado de tous les possibles : Terence Fixmer (Gigolo/France), Chicks on Speed (New York, Sydney, Münich), Ewan Pearson, etc.
Dans les nombreuses familles qui peuplent la scène musicale berlinoise, si on a assisté à une montée en puissance de l'électro-clash depuis trois ans, il ne faut pas non plus sous-estimer la lame de fond que constitue également des labels plus expérimentaux comme Klangkrieg ou Staubgold.
Du côté synth-pop, on retrouve bien sûr l'excellent Monika Enterprise, le label dirigé par Gudrun Gut, ancienne figure de proue de Malaria, groupe culte de la new wave allemande. Ayant acquis une notoriété internationale grâce à la pop électro-mélancolique de Barbara Morgenstern ou celle plus enjouée des Quarks, le label propose une agréable alternative à la musique électronique formatée pour les dance floors.
Une quantité assez phénoménale de groupes et de labels fleurissent actuellement avec une approche totalement décomplexée de la pop chantée en allemand. Parmi ces "proud to be German", on retrouve les excellents 2Raumwohnung avec Wir Trafen uns in einem Garten sur IT.sounds, avec la voix super sexy de Inga Humpe, l'ex-Malaria Bettina Köster, les allumés de Lexi et K. Paul (leurs singles Freak ou Fernsehturm ont cartonné) ou le duo post-eighties de Martini Brös.
Pour terminer ce tour d'horizon forcément incomplet tant sont nombreuses les initiatives qui voient le jour quasi quotidiennement, un mot sur la scène house, longtemps restée dans l'ombre à cause de l'hégémonie médiatique de la techno. Celle-ci a quitté depuis belle lurette son statut underground pour se tailler une belle place dans les charts. Il suffit pour s'en convaincre de voir le succès de Villalobos ou de Jazzanova.
Enfin, pour se plonger totalement dans l'ambiance bohème et branchée des quartiers de Mitte et Prenzlauerberg, on ne pourra que vous conseiller l'écoute de la nouvelle compilation du label Pale Music, Berlin Insane, sur laquelle on retrouve Alexander Hacke (par ailleurs membre de Einstürzende Neu Bauten), le sulfureux duo néo-garage Electrocute, Namosh ou Alexander Christou. En une quinzaine de titres, cette compilation nous offre un plongeon dans l'incroyable vitalité de la scène musicale avant-garde, post-rock et électro sous les ondes magnétiques de la Fernsehturm de l'Alexander Platz.
Vincent DELVAUX,
Publié le 2004-02-01
Source Texte : www.transcultures.net
Genre : analyse
Thème(s) : musique, Allemagne,
Mot(s) Important(s) : Berlin, électro-clash, musique, musique électronique, électro, électronique, électronica, Allemagne, DJ, expérimental, Jazz,
Artiste(s) : KITTY-YO (label), LADOMAT (label), METEO SOUND (label), BPITCH CONTROL (label), KLANGKRIEG (label), STAUBGOLD (label), MONIKA ENTERPRISE (label), PERLON (label), ITSOUNDS (label), INTERNATIONAL DEEJAY GIGOLO RECORDS (label), PALE MUSIC (label), Riccardo VILLALOBOS (musicien), Ellen ALLIEN (dj), NAMOSH (groupe de musique), ELECTROCUTE (groupe de musique), Bettina KÖSTER (chanteur), JAZZANOVA (groupe de musique), MARTINI BRÖS (groupe de musique), Gudrun GUT (musicien), Barbara MORGENSTERN (musicien), Alexander HACKE (musicien), 2RAUMWOHNUNG (groupe de musique), QUARKS (groupe de musique), VON SPAR (groupe de musique), DOPPLEREFFEKT (groupe de musique), JAPANESE TELECOM (groupe de musique), DJ HELL (dj), GONZALES (musicien), PEACHES (musicien), TARWATER (groupe de musique), TO ROCCOCO ROT (groupe de musique), RECHENZENTRUM (groupe de musique), PHANTOM/GHOST (groupe de musique), MISS KITTIN (musicien), CHICKS ON SPEED (groupe de musique), Terence FIXMER (musicien), KRAFTWERK (groupe de musique), VISAGE (groupe de musique), DEPECHE MODE (groupe de musique), Alan VEGA (groupe de musique), Larry TEE (critique), Vincent DELVAUX (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
A voir : http://www.lado.de Site du label Ladomat (L'age d'or)
http://www.perlon.net Site du label techno Perlon
http://www.kitty-yo.net Site du label Kitty-Yo
http://www.it-sounds.de site du label IT Sounds
http://www.m-enterprise.de/ Site du label Monika Enterprise
http://www.pale-music.de Site du label Pale Music
http://www.meteosound.net/ Site du label Meteo Sound
http://www.gigolo-records.de/ Site du label Gigolo Records
http://www.rechenzentrum.org Site du groupe Rechenzentrum
http://www.2raumwohnung.de site du groupe 2raumwohnung
http://www.electrocute.de/ Site du groupe ElectroCute
http://www.chicksonspeed.com/ Site du groupe Chicks on Speed