Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Le Xing et la scène italienne d'aujourd'hui
Entretien avec Silvia Fanti, autour du festival Netmage 2004
Entretien avec Silvia Fanti autour du festival Netmage 2004
L'édition 2004 du Festival Netmage a battu son plein à Bologne durant la dernière semaine de janvier en proposant une pléthore d'artistes électroniques. Ouvert sur la scène mondiale, le Festival est toutefois l'occasion d'avoir une vue en coupe de la scène italienne, bien représentée, notamment par le collectif audio-vidéo Otolab, par de nombreux groupes électro (Zelle, Wang inc/Saul Saguatti, Mugen, Mou! Lips, etc.) ou encore par le théâtre filmique de Fanny & Alexander. Aux manettes de la programmation, on retrouve le projet Xing, collectif qui s'était déjà distingué lors de Bologne 2000, Capitale européenne de la Culture. Nous avons interrogé Silvia Fanti, l'une des têtes pensantes de cet ambitieux projet aux déclinaisons artistiques multiples et au nom de code énigmatique.
A l'origine, votre collectif se nommait Link. Peux-tu nous expliquer ce qui a suscité la transformation en Xing et quelle a été l'évolution de votre démarche ces dernières années?
En 1994, nous avions ouvert un espace appelé Link, qui était également le nom de notre projet collectif. Cet espace était un centre culturel indépendant ouvert sur les arts contemporains mais dont la démarche se voulait non élitaire. Notre but était de proposer un point de vue sur les enjeux de la contemporanéité. Ce projet s'est développé sur une période de six ans, au terme desquels nous sommes arrivés à la conclusion que nous avions fait le nécessaire et le tour de la question. A l'époque, ce lieu faisait le lien entre les Centres Sociaux, l'université et les artistes. Malheureusement, la ville de Bologne ne nous a pas permis de développer ce projet plus en profondeur. Bien que nous n'y prenons plus une part active, le lieu Link existe toujours. Notre projet actuel est plutôt de développer un réseau (entre Milan, Paris et Rome). Nous voulons travailler d'avantage sur l'entièreté du territoire national. Nous cherchons également à nous exprimer à travers divers supports et canaux de diffusion (livres, événements, festival, etc.). Pendant l'année, nous avons plusieurs moments forts de visibilité que sont le Festival Netmage et le Festival international sur le spectacle contemporain (dont la 1ere édition portait le titre de Corpo Sottile). La prochaine édition de ce dernier se tiendra dans des lieux atypiques ou des friches industrielles et s'intitulera Your private sky. Nous travaillons également en partenariat avec le Festival de musiques contemporaines Angelica, coordonné par l'association Pierrot Lunaire. De manière générale, notre action se centre essentiellement sur de la consultance artistique, des projets de commande ou des projets propres.
Vous êtes à présent basés au Raum, un espace multidisciplinaire qui est également un des lieux d'accueil du Festival. Avez-vous une programmation en dehors des périodes festivalières?
Le Raum est un espace privé que nous louons à l'année. En saison, nous y programmons beaucoup de spectacles dans le domaine des arts de la scène. Nous proposons aussi ce que nous appelons les Archivi Privati, un projet qui consiste à inviter des artistes qui proposent des salons d'écoute musicale personnalisés à nos auditeurs, dans un rapport intime, non-spectaculaire. Nous attirons un public de jeunes adultes, entre 25 et 40 ans, qui ne se retrouve pas nécessairement dans l'offre culturelle traditionnelle qu'on a l'habitude de voir en Italie.
Quelles sont vos impressions sur l'évolution récente de la scène artistique italienne, particulièrement en théâtre ou en danse? Le rapport aux nouvelles technologies ou les démarches transversales sont-elles d'actualité, comme c'est le cas pour de nombreuses compagnies au niveau européen?
Au niveau italien, on peut noter la préoccupation du rapport à l'image qui est au centre de la création de nombreux artistes ou compagnies. Je pense notamment à la nouvelle génération formée de Fanny & Alexander, Kinkaleri, Motus, Teatro Clandestino. On est quasiment dans de la production filmique. Pour eux, souvent, l'approche technologique n'est pas primordiale mais c'est surtout la vision et l'univers artistique qui prédominent. Beaucoup d'entre eux travaillent sur l'implémentation de nouvelles stratégies jouant sur les rapports entre absence et présence. La scène n'est toutefois pas vraiment organisée, le système culturel n'ayant pas encore pris tout à fait conscience des potentialités de ces nouvelles formes d'art. Ces compagnies souffrent beaucoup de cette situation car elles réussissent très difficilement à percer dans le circuit du théâtre traditionnel. Tous ces metteurs en scène sont d'ailleurs souvent des autodidactes et fonctionnent de manière quasi autonome. Ils sont à même de gérer leurs propres productions souvent sans aucun soutien extérieur. Depuis 1995, ces compagnies ont créé des démarches poétiques singulières dans lesquelles s'entremêlent présence physique et système d'images, avec une esthétique souvent très baroque. Au niveau de la danse, à de rares exceptions près, la situation n'est hélas pas très brillante. La nouvelle scène théâtrale est bien plus intéressante de ce point de vue. Par contre, la scène musicale est en mutation rapide. Un réseau informel est en train de se former et d'acquérir une visibilité chaque jour plus importante. Une véritable organisation est en train de se mettre en place. Au mois d'octobre, on a pu voir l'Italian Live Media, qui donne un bon aperçu de la scène musicale italienne d'aujourd'hui.
Outre vos activités d'organisateurs et de concepteurs d'événements, vous avez également une intense production éditoriale. Qu'est-ce qui vous guide dans vos choix de publication?
Nous pensons qu'il est important de conserver des traces. Cela permet de faire avancer les choses et de construire un discours. Nos projets éditoriaux sont souvent autoproduits et distribués par nos soins. Dernièrement, nous avons toutefois collaborés avec la grande maison d'édition Mondadori et avec un petit éditeur romain. Nous voudrions réaliser une publication annuelle ayant pour thème des productions culturelles de diverses provenances couvrant plusieurs champs artistiques, une sorte de carte de l'existant, un snapshot, à un moment donné, du champ artistique mis en perspective par quelques contributions théoriques. En effet, nous pensons que le discours autour des formes d'art émergentes et des cultures numériques doit encore se stabiliser, aussi bien pour pouvoir s'inscrire dans l'histoire que pour simplement pouvoir exister.
Vincent DELVAUX,
Publié le 2004-02-01
Source Texte : www.transcultures.net
Genre : entretien
Thème(s) : danse, art visuel, musique, audiovisuel, multimédia, Italie,
Mot(s) Important(s) : musique électronique, électronique, électronica, Italie, art sonore, multimédia, audiovisuel, art vivant, art visuel, expérimental, interdisciplinarité, contemporain, collectif, chorégraphie, danse contemporaine,
Artiste(s) : Silvia FANTI (commissaire), FANNY & ALEXANDER (compagnie de théâtre), MUGEN (groupe de musique), MOU!LIPS (groupe de musique), ZELLE (groupe de musique), MOTUS (compagnie de théâtre), TEATRO CLANDESTINO (compagnie de théâtre), OTOLAB (collectif), KINKALERI (compagnie de théâtre), Vincent DELVAUX (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
A voir : http://www.netmage.it Site d'infos sur le festival Netmage
http://www.xing.it/ Site officiel du collectif Xing
www.linkproject.org/netmage