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Hacktivisme (chap.1): émergence d'un mouvement




Tour d'horizon des principaux acteurs du mouvement hacktiviste et des actions ayant donné une certaine ampleur au mouvement


Voici la première partie d'une série d'articles consacrés au mouvement hacktiviste, traitant de l'émergence de cette nouvelle réalité résistante présente sur les réseaux électroniques et usant de leur potentiel.

En janvier 1998, un groupe italien, Anonymous Digital Coalition, fait circuler à travers le réseau zapatiste l'idée de mettre en place un sit-in virtuel de cinq sites web des institutions financières mexicaines. Suite à cette incitation, l'Electronic Disturbance Theatre crée Flood Net, outil de désobéissance électronique et premier logiciel de sit-in automatisé destiné à inonder (flood) et bloquer le site web d'un adversaire.


L'Electronic Disturbance Theater (EDT) se présente comme un groupe d'art-activisme sur Internet, à la croisée d'opinions politiques radicales, du performance art et du design de programmes informatiques. L'Electronic Disturbance Theater, en valorisant les tactiques de désobéissance civile électronique au sein du mouvement pro-Zapatiste, remet en cause l'idée que l'Internet devrait uniquement être sauvegardé comme lieu de communication; l'Internet devrait aussi être un lieu d'action directe(source: www.thing.net/~rdom/ecd/EDTECD.html). Il fut créé par quatre activistes/artistes engagés dans le développement théorique et pratique de la Désobéissance civile électronique: Brett Stalbaum, diplômé en informatique et beaux-arts, Carmin Karasic, graphiste, Ricardo Dominguez et Stefan Wray, activistes.


Le 10 avril 1998, Flood Net Tactical Version 1.0 est testé sur le site web du président mexicain Zédillo. Toutes les 7 secondes, le programme envoie automatiquement une requête de fichiers non-existants contenant des mots tels que droits de l'Homme et causant ainsi l'apparition de messages comme Droits de l'Homme non trouvés dans ce serveur. Flood Net dépose également des fantômes dans la machine de l'adversaire: les noms de personnes tuées par les troupes du gouvernement se retrouvent dans les logs d'accès aux pages, comme si les morts rendaient visite au site du président. Après cette première attaque, plusieurs banques mexicaines, la bourse de Francfort et le pentagone sont visés entre avril et décembre 1998. Du 31 octobre au 2 novembre 2003 avait encore lieu une action Flood Net intitulée Operacion Digna en faveur des femmes assassinées de la cité de Juarez, au Mexique (www.thing.net/~cocofusco/FloodNet.html).


Le mouvement altermondialiste apparaît réellement aux yeux du monde lors de la troisième conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Seattle du 30 novembre au 3 décembre 1999. Pendant que 50.000 personnes manifestaient dans la rue, une protestation eut lieu dans le cyberespace: plus de 400.000 personnes participaient à un sit-in virtuel. Ce sit-in bloqua le site de l'OMC pendant plusieurs jours durant la conférence, gênant ses fonctions de représentation publique. Cela provoquera également la panique dans certains groupes de sécurité d'entreprises IT. L'action était menée par le collectif des électrohippies.


En 1999, le géant américain on line Etoys, constitué uniquement d'un site web et d'un entrepôt, était l'une des étoiles de la nouvelle économie. Etoy, étrange groupe d'artistes basé à Zurich, détenait toutefois déjà les droits sur le nom de domaine etoy.com. Devant le rejet de plusieurs offres de rachat, l'entreprise américaine menaça les artistes de poursuites. Avec l'aide d'un tribunal américain, le site d'etoy fut donc coupé ainsi que, plus tard, le système de messagerie. C'est alors qu'a commencé ce qui se nommera la Toywar. Des dizaines de milliers de cyberactivistes se sont unis dans une invasion virtuelle massive destinée à abattre l'entreprise de jouets. L'Electronic Disturbance Theatre lance un sit-in au plus fort de la période de Noël en utilisant une série de sites miroirs établis à travers le monde. Parallèlement, les actionnaires sont bombardés d'informations discréditant l'entreprise et une propagande prévoyant la fin d'eToys est envoyée via leur liste d'adresses e-mail, l'objectif étant de faire tomber l'action à zéro en 12 jours. Une des armes utilisées fut développée par un ingénieur en informatique américain et consistait à créer des acheteurs virtuels anonymes. Le script permettait de répéter le circuit d'achat sans fin: il parcourait le site au complet en achetant différents produits au hasard jusqu'au formulaire de payement. Tout était alors annulé et le script redémarrait le cycle. Les actions de eToys Inc. passèrent de 80$ l'unité à près de 0$ l'unité en l'espace de deux mois. La TOYWAR aura coûté à la société aux alentours de 4,5 milliards de dollars.


En février 2000, la Federation of Random Action (FRA) lance une attaque mail-o-matic intitulée FidOx contre Occidental Petroleum en ciblant les serveurs de Fidelity Investments, l'un de ses actionnaires principaux. Le point de départ est une protestation contre les forages de puits de pétrole sur un territoire sacré de la tribu colombienne U'wa. 5 sites de Fidelity Investments sont inondés et bloqués durant une semaine. Renaud Courvoisier (RE:no), créateur du système, est menacé et son site est rayé. Le FBI a également ouvert une enquête.


A partir de 2001, on observe que les différents groupes d'hacktivistes se lient dans des actions concertées, comme lors du Sommet du FTAA (Free Trade Area of the Americas) à Québec au Canada. Pour la première fois, quatre groupes hacktivistes importants s'unissaient dans une protestation virtuelle, en parallèle d'une action de rue: le collectif des électrohippies, la Federation of Random Action, l'Electronic Disturbance Theatre et Metacom. De même, le 26 avril 2002, les electrohippies, l'Electronic Disturbance Theatre, la Federation of Random Action et le Free Palestine Action Network ont lancé une action on line contre l'occupation de la Palestine sous le nom de NETSTRIKE for Palestine (www.geocities.com/netstrike4palestine/).


Ces quelques dates tracent la carte de la naissance de ce nouveau mouvement aux contours encore flous. Pour de plus amples renseignements, le curieux se réfèrera aux sites des individus, groupements ou collectifs dont il est fait mention qui y affichent leurs principes et actions, anciennes ou futures, dans un souci de transparence. Les électrohippies ont, eux, mis en pause leur présence en ligne afin de développer de nouveaux outils plus radicaux. Ils s'expliquent néanmoins sur www.fraw.org.uk/ehippies/index et offrent des liens vers leurs communiqués et leurs anciens projets.


Le choix des dates et groupes se base sur une certaine compréhension de l'hacktivisme, qui est explicitée dans l'article Hacktivisme: une tentative de définition.

Nathalie CAPART,
Publié le 2004-01-13

Source Texte : Transcultures



Genre : analyse
Thème(s) : politique, internet, activisme,
Mot(s) Important(s) : activisme, hacktivisme, nouvelles technologies, résistance, virtuel, désobéissance civile, zapatiste,
Artiste(s) : ELECTRONIC DISTURBANCE THEATRE (hacktiviste), Ricardo DOMINGUEZ (hacktiviste), ELECTROHIPPIES (collectif), FEDERATION OF RANDOM ACTION (hacktiviste), Renaud COURVOISIER (hacktiviste), Nathalie CAPART (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

A voir : http://www.thing.net/~rdom/ecd/EDTECD.html Site de l'Electronic Disturbance Theatre
http://www.fraw.org.uk/ehippies Site du collectif des électrohippies
http://www.noreply.free.fr/test/index.htm Projets de RE:no
http://www.arte-tv.com/dossier/dossier.jsp?node=18994 Information sur le documentaire d'ARTE "the hacktivists"
http://www.this.is/etoytech/fra/ Site de la Federation of random action
http://www.rtmark.com Groupe de subversion créative contre les produits de masse
http://www.thing.net/~rdom/ecd/pastactions.html Présentation des actions passées du Electronic Disturbance Theatre
http://www.etoy.com Site de etoy