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Robin Rimbaud, scanner des mémoires communicantes




entretien avec Robin Rimbaud alias scanner, musicien très présent sur la scène électronique


Robin Rimbaud alias Scanner est un des musiciens explorateurs de la scène électronique les plus présents depuis une décennie, et ce non seulement dans les principaux lieux et festivals dévolus à la culture numérique mais également dans les revues spécialisés (où il lui arrive régulièrement de prendre la plume), à la radio (il a composé des musiques originales pour des documentaires de la BBC) et dans les musées ou galeries en tant qu'artiste exposé ou en tant que commissaire d'exposition. Qu'il joue aux côtés de DJ Spooky, de David Shea, de Laurie Anderson ou encore de Charlemagne Palestine, ce caméléon impénitent s'adapte parfaitement au contexte tout en conservant sa griffe immédiatement reconnaissable, celle d'un sonar des expressions médiatisées, voyeur androïde amoureux de l'espèce communicante qui donne à entendre les géométries variables de nos échanges avec intelligence et une certaine tendresse distanciée. Entretien sur le réseau entre Londres et Sidney.


Comment êtes-vous venu à la musique électronique?

Scanner: J'ai toujours été intéressé par les possibilités offertes par le son, les arts visuels et la littérature, et il m'a semblé que le médium électronique offre beaucoup plus de chances d'exploration que jamais auparavant. Je ne suis pas un musicien très doué au sens traditionnel du terme; je ne suis pas un grand interprète. Le médium électronique me permet de me cacher un peu derrière la surface. La plupart de la musique que nous consommons aujourd'hui est, d'une manière ou d'un autre, électronique. Même les enregistrements qui sonnent très acoustiques sont produits au moyen de composantes
électroniques.



Au début de votre carrière, vous vous êtes fait remarqué en tant que «pirate sonore» qui détournait les conversations privées téléphoniques pour les réintégrer instantanément dans le processus de la composition.
Qu'est-ce que ce type de voyeurisme sonore affirmé vous a appris sur ces personnes inconnues, otages inconscientes de votre indiscrétion technologique?


Dans mon travail, j'ai pu établir une relation entre les sphères privée et publique, et ce dès les premiers téléphones scannés qui m'ont permis d'explorer la vulnérabilité du passage de l'information qui réside dans les chemins de la communication vocale à travers lesquels l'information passe. Le cryptage le plus sophistiqué devient la méthode la plus intriguante pour «casser» cette information. Alors qu'est-ce que cela m'a appris? La première chose, c'est que nous sommes tous des voyeurs. Nous voulons tous écouter les autres sans être cette personne qui est écoutée. Nous voulons tous épier sans être celui ou celle qui est observé. Aujourd'hui, j'utilise moins le scanner mais cette technique qui consiste à intercepter et à lire l'information dans n'importe quelle zone m'intéresse toujours beaucoup. J'ai emprunté un procédé, une direction et j'espère l'avoir mener ailleurs. Jusqu'ici, je n'ai pas encore senti de limite dans la découverte d'approche sonore stimulante et du langage des «sons trouvés». Mais, en même temps, la voix domine encore la plupart de mes productions; par exemple, j'utilise fréquemment des «voix narratives trouvées» dans mon travail radiophonique pour la BBC. Les implications du médium digital et des technologies de l'information continuent de m'intéresser.



Vous êtes également actif sur le web, avec votre site personnel et celui de votre propre label Sulphur (sur lequel, on retrouve, outre vos propres productions, celles de David Toop avec l'écrivain Jeff Noon ou encore de Stephen Vitielo. Que pensez-vous des possibilités offertes par le réseau pour un musicien qui, comme vous, utilise les médias électroniques?



Aujourd'hui, en plus des arts plastiques, de la musique et du théâtre, nous avons avec le Net Art, une nouvelle forme artistique qui utilise activement le médium du réseau. Cela m'intéresse dans la mesure où, en dehors de la culture musicale digitale, le Net Art représente un challenge permanent. Je pense que le développement des logiciels et de la technologie qui y est associée reflète le mode de l'hypertexte, préalablement apparu; ce mode offre des possibilités qui vont bien au-delà de notre imagination actuelle.



Vous avez également réalisé plusieurs installations (notamment l'année dernière, à la Hayward Gallery, pour Sonic Boom, une remarquable exposition conçue par David Toop). Comment musique électronique et arts visuels se complètent-ils, dans ce cadre?


La relation entre les différentes formes artistiques m'intéresse particulièrement car je pense qu'elles peuvent se nourrir l'une de l'autre. Aussi je ne me suis jamais limité à un seul champ artistique pour mes différents projets. Je pense qu'il ne faut pas trop séparer l'audio du visuel car, à mon sens, ils apportent autant l'un que l'autre dans une installation. Mon travail «sonne» de manière visuelle. Bien qu'il ne représente pas des images, il les suggère fortement, c'est en tout cas le retour que j'ai eu de mes installations précédentes. Je pense que mon travail fonctionne bine dans l'espace, il se base sur une structure ouverte, ce qui veut dire qu'il peut être facilement adapté de différentes manières et dans différentes situations. J'ai beaucoup travaillé avec des chorégraphes (notamment avec Daniel Larrieu pour Delta), ce qui correspond directement à la relation entre mouvement et espace qui parcourt mon oeuvre. Le son m'attire toujours fortement, d'autant plus que la culture visuelle est souvent représentative tandis que le son est plus impressionniste tant dans son essence même que dans la manière dont il peut être utilisé.



Quel devrait être, selon vous, le rôle d'une musique électronique «indépendante» (si cet adjectif galvaudé signifie encore quelque chose...) dans une société d'information digitale?



Je n'ai jamais considéré que je faisais partie du 'business'. En fait, je me suis toujours écarté volontairement des productions commerciales et, plus généralement, de l'industrie de la musique. Je suis content de jouir d'une très grande liberté dans mes projets; dans le cas contraire, je ne pourrais pas m'y impliquer. L' information digitale ouvre la voie à d'autres catégories et à de nouveaux récits et intérêts qu'une industrie plus commerciale ne semble pas pouvoir reconnaître, à moins que cela soit facilement digérable et stable, au point d'en perdre toute pertinence. Pour moi, il est essentiel que cette forme de créativité garde un côté amusant et, à moins qu'un jour elle ne soit conforme à ces critères de rentabilité, je n'ai nullement l'intention de m'en écarter.



Parmi une production abondante, trois albums en guise d'introduction: The garden is full of metal (Sub Rosa, SR104), Sound of spaces (Sub Rosa, SR119) et Wave of light by wave of light (Sulphur 0071)

Discographie récente
52 Spaces (Bette, 2002)
Nemesis-Original score for random dance company (Bette, 2002)
Scanner & Kim Cascone, The Crystaline Address (Sub Rosa, 2002)
Scanner & Stephen Vitiello, Audiosphere (Audiosphere, 2003) (Voir critique dans Interzone n°1)

Philippe FRANCK,
Publié le 2001-10-01

Source Texte : mouvement n°14



Genre : entretien
Thème(s) : art visuel, danse, multimédia, musique,
Mot(s) Important(s) : art sonore, art visuel, chorégraphie, électronique, musique électronique, DJ, labels, voyeurisme,
Artiste(s) : Robin RIMBAUD (musicien), SULPHUR (label), SCANNER (musicien), DJ SPOOKY (dj), Daniel LARRIEU (chorégraphe), Stephen VITIELLO (musicien), Jeff NOON (écrivain), David TOOP (musicien), Charlemagne Palestine (musicien), Laurie ANDERSON (dj), David SHEA (dj), Philippe FRANCK (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

A voir : http://www.scannerdot.com/ site musical personnel interactif de Scanner
http://www.sulphurrecords.co.uk/ site du label de Scanner
http://www.transcultures.net