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Jérôme Fihey, à la recherche de Burroughs




Entretien avec Jérôme Fihey, créateur de fiction présentant le DVD Parages des voies mortes


Jeune réalisateur nantais, créateur de fiction sortant du Studio des Arts Contemporains le Fresnoy, Jérôme Fihey a présenté son oeuvre multimédia Parages des voies mortes lors de l'exposition Panorama au Fresnoy. Dans le cadre des Netdays Wallonie-Bruxelles, il est venu présenter, pour la première fois à Bruxelles, ce travail subtile et intelligent dans l'espace de consultation multimédia du Petit Théâtre Mercelis.
Philippe Franck : Pourquoi adapter l'œuvre de William S. Burroughs en DVD-Rom ?
Jérôme Fihey : J'avais déjà travaillé sur Burroughs en réalisant un film d'animation qui s'appelait les derniers mots de W Steward Burroughs aux Beaux Arts de Nantes. A ce moment, je n'avais pas encore lu toute son œuvre. J'ai eu très envie de me replonger dans son univers et j'ai continué à le lire et à écouter ces CDs. Pendant le montage de mon premier court-métrage au Fresnoy, j'ai eu envie de faire un film sur Burroughs. J'ai commencé à créer une « discontinuité dialoguée » à partir de textes que je prenais dans ses livres. A partir de ce choix subjectif et discontinu, j'ai commencé à recréer des éléments soit narratifs soit filmiques qui ont donné naissance au scénario du film. Ce projet s'est avéré être trop exigeant à ce stade. L'œuvre de B soulève une série de questionnements sur l'écriture au sens large, le texte, les images et le son. Le numérique permet d'expérimenter beaucoup de choses au niveau de la rencontre de ces formes. Burroughs ayant également travaillé sur des supports divers tels que l'écriture bien sûr mais aussi le cinéma ou la musique, j'ai voulu diversifier mon approche de son œuvre dense en divisant mon approche des différents médias, du film au numérique.

Pourquoi avoir choisi Parages des voies mortes plutôt qu'un autre livre de Burroughs? Quel est, selon vous, la spécificité de cette période dans son œuvre au noir?
Je me suis intéressé à son œuvre en entier mais au regard de ses derniers textes. Ce titre renvoie à l'approche de la mort mais c'est pour moi d'abord un titre générique pour cette œuvre multimédia. C'est un travail sur la mémoire comme persistance rétinienne avec la circulation des images et des sons qui sont comme des virus dans un espace/temps malléable.

Quelle est la part interactive choisie ici qui d'emblée prend le parti de l'aléatoire?
On connaît le concept du cut up chez Burroughs. J'ai voulu tenter d'aller plus loin en montrant la multiplicité des formes qu'il a exploré avec cette technique : les enregistrements sonores, les textes et les films. Comme Burroughs l'écrit dans la Révolution électronique : le mot engendre l'image et l'image est virus. On retrouve ici son obsession du contrôle et de la contamination. Le contrôle renvoie à l'aléatoire : on clique sur des mots clés dans le texte, cela crée un voyage aléatoire dans le texte puis certaines associations de mots clés lancent des narrations qui sont des séquences qui associent encore aléatoirement des séries de vidéos et de sons. La contamination renvoie à la circulation des images, des mots et des sons et à leur dégradation progressive au fur et à mesure de l'avancée dans le programme. Je veux que le spectateur/lecteur sente une sorte de perte de contrôle en parcourant ce DVD et que, à travers le contenu des textes, vidéos et sons, il sente ce mélange de peur et de fascination que Burroughs pouvait avoir face à la mort.

Philippe FRANCK,
Publié le 2003-11-18

Source Texte : www.transcultures.net

Genre : entretien
Thème(s) : multimédia,
Mot(s) Important(s) : multimédia, entretien, littérature, interaction,
Artiste(s) : Philippe FRANCK (rédacteur), William BURROUGHS (écrivain), Jérôme FIHEY (créateur multimédia),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

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