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aMute, une électronique du sensible
Un entretien avec le jeune musicien électro bruxellois aMute à l'occasion de son projet audio-visuel As Tree Equals Two et des Netd@ys Wallonie-Bruxelles
Philippe Franck: Jérôme Deuson alias aMute, comment êtes-vous venu à la musique électronique?
aMute: J'ai toujours joué de la guitare, et j'ai toujours joué dans des groupes. Je pense qu'avec mon ancien groupe A4 nous aurions pu réellement faire quelque chose de solide si les motivations avaient été égales. J'ai toujours eu cette volonté d'avoir un projet en parallèle mais je ne savais pas comment garder la chaleur d'un groupe dans la musique d'un seul homme. J'ai alors commencé à chipoter sur un ordinateur en me servant de beaucoup de sons de guitares. Petit à petit, et le matériel aidant, j'ai acquis un véritable goût pour l'électronique chaude et légèrement psychédélique. Quand le groupe a splitté j'avais mon projet solo aMute sous la main et je me suis dit qu'il était temps que mes envies deviennent concrètes.
Vous mélangez des éléments acoustiques ou électriques (basse, guitare,..) à des traitements électroniques. Comment envisagez-vous la complémentarité de ces deux approches dans vos compositions?
Pour moi c'est l'essentiel de mon approche musicale. Il y a une partie de moi qui est plongée dans la technologie, j'aime les softs, les plug-ins, l'électronique minimale. Mais d'un autre côté, j'aimerai savoir chanter correctement pour écrire de véritables ballades à la Smog ou à la Will Oldham. Bref tout cela n'est peut-être pas complètement perceptible dans ce que je fais à première vue mais de mon côté je ressens très fort cette complémentarité.
On retrouve dans vos pièces des réminiscences à certains groupes nouvelle vague ou électro des années 80, quel regard posez-vous sur cette génération et ce qu'elle a apporté à la votre?
On me le dit souvent et, en toute honnêteté, je ne connais pas les 90% des groupes à qui on me compare. Mes premiers pas dans la musique électronique, je les ai fait avec un album commercial mais qui reste sans nul doute une grande virgule dans ma vie, celui de Nine Inch Nails intitulé The Downward Spiral. J'ai beaucoup aimé la musique industrielle des début 90 mais j'ai 23 ans et, si vous faites le compte, je n'ai pas pu vivre pleinement les années 80. La musique n'est qu'une histoire de cycle, je pense que beaucoup de choses ont déjà été faites mais beaucoup reste également à faire.
Vous vous êtes récemment produit en concert avec Mitchel Akiyama (sans doute un des talents à suivre de la jeune génération électronique nord-américaine) et vous vous apprêtez à sortir votre premier album solo sur son label canadien Intr-Version au catalogue électronique sophistiqué. Pourriez-vous nous parler de cette collaboration? En quoi votre sensibilité rejoint celle de cette jeune maison de disques indépendante au catalogue pointu mais pas inaccessible?
Mitchell est quelqu'un que j'admire sincèrement, c'est quelqu'un qui sait ce qu'il fait et qui est avant tout un ami avec qui j'ai passé de bons moment lors de sa tournée européenne. Il a ce que je n'ai pas encore : le calme et la réflexion qui font de lui quelqu'un à part. Nous distribuons ses productions via l'épicerie audio-visuelle où je travaille à Bruxelles. Il m'a contacté en février pour me dire qu'il cherchait une date en Belgique, ses albums remportant toujours beaucoup de succès au magasin on a pu organiser cela avec Guy Marc Hinant (Sub Rosa) et Roger Burton (service culturel de la Commune d'Ixelles) au Théâtre Mercelis. Par la suite, je lui ai envoyé un CD avec quelques vieux trucs à moi, il aimait surtout mon nouveau travail et j'ai eu la chance de pouvoir ouvrir son concert à Bruxelles et à Toulouse. Bref, c'est un coup de chance. Quand j'ai terminé ma démo voici deux mois, je l'ai envoyée en premier lieu à Mitchell; j'avais déjà sorti un morceau sur la compilation du label (Saturday Morning Empires) et il a accroché. Intr-Version a pris un tournant dans son approche musicale et je pense que le label se veut naturellement plus accessible qu'avant, tout en gardant une éthique stable. Pour moi, il y a quelque chose en plus dans ce label, une sorte de jeunesse sans ses côtés naïfs.
Quelles type de collaboration avez-vous entrepris avec Jeuc Dietrich, musicien électronique belge issu du domaine des musiques anciennes qui s'est mis récemment à la création multimédia, pour le projet As Tree Equals Two?
Jeuc Dietrich est une personnalité, à la fois génial et humble ; je pense qu'il apprécie ce que je fais et c'est réciproque. J'aime sa musique et j'étais persuadé que j'aimerais ses images. As Tree Equals Two, c'est ma musique en image ou l'inverse. Je pense que Jeuc a créé quelque chose d'unique et de chaleureux, on ne voulait pas d'une mathématique concrète. C'est une bête de softwares, il est capable de passer 8 heures pour 3 sec d'images.
Comment envisagez-vous le rapport image-son en live?
C'est complexe et je m'y suis déjà risqué par le passé... Je pense qu'il y a trois éléments: le musicien et ses instruments, l'improvisation visuelle et le terrain d'entente. As Tree Equals Two signifie plusieurs choses ; il s'agit de ces trois éléments pour n'en créer que deux : un spectacle et une expérience pour le spectateur, une vision. Il y a une vision commune, c'est qu'on voulait vraiment des images abstraites en support à la musique, on ne voulait pas raconter une histoire en musique. Nous nous jetons un peu à corps perdus dans ce live au Petit Théâtre Mercelis du 22 novembre dans le festival Netd@ys Wallonie-Bruxelles, mais nous savons que ce que nous allons faire nous touchera, pas seulement en tant que spectacle mais surtout en tant qu'expérience humaine.
Philippe FRANCK,
Publié le 2003-11-12
Source Texte : www.transcultures.net
Genre : entretien
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : musique électronique, performance, multimédia,
Artiste(s) : Jérôme DEUSON (musicien), AMUTE (groupe de musique), Mitchel AKIYAMA (musicien), INTR-VERSION (label), Jeuc DIETRICH (vidéaste), SUB ROSA (label), Philippe FRANCK (rédacteur), Guy-Marc HINANT (directeur de structure), NINE INCH NAILS (groupe de musique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
A voir : http://www.amute.net aMute
http://www.lebonheur.net Epicerie audiovisuelle