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Comment sauvegarder nos mémoires futures ?
Dumb Type, Memorandum
Au Japon, Drum type dérange car il pointe sans peur, les hypocrisies, les différences et les dérives. Avec Memorandum, leur nouveau spectacle post-techno, le collectif japonais se penche sur le phénomène de la mémoire de l'individu et de sa prothèse digitale.
Sur un grand plateau transformé en salle d'attente éternelle, huit danseurs devant un grand écran blanc et, à proximité, sept techniciens aux commandes d'une armada informatique qui suivent leurs moindres faits et gestes, acteurs à part entière d'un spectacle post-techno. Après les sujets brûlants de sa première période (différences sexuelles, SIDA,...) qui l'a révélé, Dumb Type, collectif japonais reconnu internationalement pour sa maîtrise parfaite des nouvelles technologies appliquées aux arts de la scène, se penche dans Memorandum sur le phénomène de la mémoire, la nôtre, individu, membre d'une communauté, citoyen du monde et celle de nos nouvelles prothèses digitales qui nous écrasent avec leurs capacités exponentielles. Un spectacle total qui lie le réel à l'artifice pour s'interroger sur les traces du futur.
Tout a commencé en 1984 dans les couloirs de l'Art College de la très conservatrice Kyoto où quelques artistes (vidéastes, plasticiens, danseurs, comédiens, compositeurs...), "abrutis" géniaux bien décidés à décloisonner les disciplines et les mentalités, ont formé Dumb Type. Dans un Japon encore très conformiste où tout est permis si les apparences et les convenances restent intactes, Dumb Type dérange car il pointe sans peur, les hypocrisies, les différences, les dérives et les met en scène avec un humour acide et une force d'impact qui ne laisse personne insensible. Leurs impressionnants dispositifs visuels et le raffinement des paysages sonores électroniques de Ryoshi Ikeda, qui flirtent intelligemment avec la techno, leur ont valu la reconnaissance du jeune public nippon et des grands festivals occidentaux.
«Perdre toute attention, tout repère devant de trop rapides phénomènes», cette phrase extraite de Memorandum apparaît comme un avertissement adressé à soi-même par ces techno-créateurs qui ont des puces dans leurs doigts et des lignes turbo dans leurs neurones. Mais les Dumb Type sont trop intelligents pour se laisser prendre au jeu de la cyber-société de spectacle.
Chaque membre mène parallèlement des activités extérieures : l'un dirige un festival homosexuel, une autre est "animatrice" dans un club sado-maso... Qui devinerait ces vies multiples derrière ces hommes et femmes tirés à quatre épingles et évoluant avec une précision d'employé de bureau idéal ? Et pourtant, dans cet étrange espace quasi-organique défini par les vibrations digitales et les flash de lumière, percent des intentions virales, des préoccupations existentielles qui perturbent le glacé de cette belle plasticité et la dépersonnalisation des interprètes pour mettre à nu la subjectivité de ces codes et techniques de contrôle des temps nouveaux. Y aurait-il donc des corps et des cœurs derrière ces images mouvantes ?
Shiro Takatani nous conforte dans ce sens quand il confiait en septembre dernier au journal Le Monde : «Ce qui nous intéresse surtout ces temps-ci, c'est de développer une pensée positive sur l'art, [...] cet objectif dépend de notre capacité à observer les faits. Memorandum devrait mettre l'accent sur les petits détails de nos vies quotidiennes qui font la vie plus belle».
Un credo humaniste en recherche (impossible?) d'harmonie entre la technologie et ces maîtres-esclaves.
Philippe FRANCK,
Publié le 2000-03-01
Source Texte : Culture Passe n.25, p.14
Genre : culture chorégraphique
Thème(s) : multimédia,
Mot(s) Important(s) : chorégraphie, danse contemporaine, mémoire, art vivant,
Artiste(s) : DUMB TYPE (compagnie de danse), Philippe FRANCK (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
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