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Xavier Canonne. Pour une photographie décloisonnée
Musée de la Photographie de Charleroi
Après avoir retracé son parcours avant sa nomination au Musée de la Photographie de Charleroi, Xavier Cannone nous parle des rapports entre la photographie et les arts plastiques, de la photographie sociale et du rôle du musée dans la valorisation de la région
Remplaçant Georges Vercheval dans la direction du Musée de la Photographie de Charleroi, Xavier Canonne a entamé un nouveau chapitre d'une institution fondée -et considérablement développée- par un prédécesseur unanimement respecté pour son action et son engagement. Après le photographe, l'historien d'art entendait relever le défi d'amener la création photographique à un large public, en mettant en relief le site et son parc, en ouvrant les portes du Musée aux nouvelles technologies et en multipliant les initiatives promotionnelles et conviviales.
Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours avant votre nomination à la direction du Musée de la Photographie?
Xavier Canonne : Après avoir passé mon enfance dans le Hainaut, j'ai suivi des études d'Histoire de l'Art et d'Archéologie à l'ULB puis de bibliothécaire. Ensuite, j'ai dirigé le secteur des arts plastiques à la Province de Hainaut dans lequel est inclus la photographie. J'ai enseigné à l'Ecole Supérieur d'Art Plastique de Mons et ai entamé un doctorat en Histoire de l'Art à la Sorbonne traitant du surréalisme, mouvement qui a souvent questionné la notion de réel et le statut de l'image et donc de la photographie. Après m'être occupé d'une collection (achat d'oeuvres, dont des photos des années 30 à nos jours), je suis maintenant confronté pour la première fois à la direction d'un musée. Par ailleurs, je préside la Commission consultative arts plastiques à la Communauté française dans laquelle nous nous prononçons également sur des dossiers photographiques.
Comment l'historien d'art que vous êtes analyse-t-il le mouvement bilatéral entre la photographie contemporaine et le domaine des arts plastiques?
Il y a un lien naturel car l'histoire de la photographie procède des arts plastiques. On parle par exemple du pictorialisme pour une certaine photographie de la fin du 19ème au du début du 20ème siècle ; la photographie est liée à la peinture même si elle s'en est détachée pour y revenir de temps à autre. Après tout, cet art n'a que 180 ans d'existence mais il est intéressant de constater que les histoires des deux disciplines restent en relation continue, et dialoguent dans un champ plus vaste : celui du regard. Par exemple, les seules traces d'une oeuvre de land art ou d'une performance, leurs témoins documentaires, ce sont les photos prises à ces occasions. Pour moi, l'opposition arts plastiques/photographie est un faux débat : la photographie est inscrite dans ce panorama du langage.
Ainsi, l'œuvre de François Méchain, n'est ni l'œuvre d'un sculpteur, ni celle d'un photographe pur ; chez Méchain, l'image fait partie intégrante du processus créatif, qu'elle soit éphémère ou fixée sur le négatif.
Jusqu'ici, on a pu noter un intérêt particulier pour une photographie sociale ou documentaire au sens large dans les choix du Musée. Allez-vous prolonger cette option?
Je pense qu'il y aura toujours une place pour la photo de reportage au Musée. Cela me semble important car elle offre un reflet de notre histoire. Les archives de Wallonie pour lesquelles nous avons des missions spécifiques, doivent continuer à se développer à l'avenir mais en s'ouvrant elles aussi à d'autres démarches comme la photo de reportage qui s'est transformée (et la récente exposition Magnum à Paris l'a bien montré) ces dernières décennies : Koudelka, c'est aussi du reportage mais autrement. Le regard du spectateur a changé. On continue de montrer de la photo sociale mais celle-ci s'est remise en question. Sebastao Salgado (ndlr : on se rappelle entre autres ses fameuses photos de cette masse de chercheurs d'or dans la boue au Brésil) en est un bon exemple. La photo reste une arme intellectuelle et politique mais elle a une autre image qu'auparavant. J'aimerais montrer plus de jeunes créateurs issus de notre Communauté et donc entreprendre un travail de prospection plutôt que de consécration. J'ai la chance de voir en commission les travaux d'artistes qui ont un rapport à l'image intéressant et parfois fondamental. Je voudrais aussi offrir une place aux travaux réalisés avec les nouvelles technologies car nous vivons aujourd'hui dans la culture du numérique qui pose des questions fondamentales quant au statut de l'œuvre, sa reproductibilité, etc.
Concrètement, nous sommes en train de dynamiser notre site Internet et de mettre sur pied la numérisation de notre collection. 80 000 images, ce n'est pas rien ! C'est une entreprise importante que nous avons déjà entamée pour certaines images, mais le gros du travail, c'est de remonter en amont.
Comment comptez-vous développer l'espace muséal et la relation au public dans un futur proche?
Nous allons nous attaquer aux problèmes liés au bâtiment même : l'extension du musée maintenant que la Communauté française a marqué son accord ; le parc immense du musée (le double de la superficie du bâtiment) que je compte ouvrir au public. Beaucoup de gens ne savent plus ce qu'est le carmel qui abrite aujourd'hui la collection. A l'occasion des journées du patrimoine, nous éditerons une brochure sur ce bâtiment magnifique. Il faut rapprocher le projet que nous menons au Musée de la Photographie de sa population, développer une meilleure signalisation routière. Dans cette logique, l'accès au musée sera gratuit pendant les fêtes du quartier. Nous voudrions aussi disposer une série d'affiches à des endroits clé de Charleroi, amener le musée dans la ville; descendre vers les gens. Je refuse de souscrire à cette image de “Charleroi pays noir”. Je me retrouve totalement dans la réflexion menée par les autorités culturelles et nos partenaires locaux qui tentent de valoriser l'image d'une ville et d'une région. C'est aussi à cela que je vais m'atteler avec l'équipe du Musée de la Photographie.
Philippe FRANCK,
Publié le 2000-09-15
Source Texte : Culture Passe n.27, p.13
Genre : entretien
Thème(s) : photographie,
Mot(s) Important(s) : photographie, musée, art plastique, social,
Artiste(s) : Philippe FRANCK (rédacteur), Xavier CANONNE (directeur de structure), MUSÉE DE LA PHOTOGRAPHIE DE CHARLEROI (structure), François MÉCHAIN (photographe), Georges VERCHEVAL (directeur de structure),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
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