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Plein feu sur le hip-hop


Festival A-6000



Suite à la deuxième édition du festival hip-hop A-6000, Miguel Oliveira Silva, administrateur de la Cellule hip-hop Association à Charleroi nous parle du hip-hop en Belgique


Apparu en Belgique au milieu des années 80, le courant Hip-Hop est issu du rap new-yorkais (dont la Zulu Nation d'Afrika Bambaata a été un fer de lance non-violent) qui a plus tard trouvé écho en France. Le hip-hop est devenu un véritable phénomène culturel qui s'est largement étendu à la Belgique. Charleroi n'est pas en reste avec la «Cellule Hip Hop Association» qui regroupe différents rappeurs, danseurs et DJ's pour mieux assurer leur promotion, et se veut également un lieu de critique sociale, de formation (ateliers de chant, écriture, danse, graffs, DJ'ing,...) et de solidarité multiculturelle. En 1999, la «Cellule» présentait, en collaboration avec le Centre culturel régional, une première édition encourageante du Festival A-6000. Fort de ce succès (500 jeunes venus écouter un florilège de groupes plus ou moins connus mais tous talentueux), l'association carolo remettait le couvert à l'Eden en avril 2000 avec pas moins de 6 groupes wallons, bruxellois et français. Miguel Oliveira Silva, administrateur de la «Cellule», nous plonge dans le groove.

Comment le festival Hip-Hop A-6000 est-il né? Quelles sont les spécificités de la deuxième édition ?

Miguel Oliveira Silva : La «Cellule Hip Hop Association» existe de manière informelle depuis 1995 mais s'est structurée en asbl depuis 1998. L'idée du festival est née à partir des activités de la «Cellule» et du fait que nous regrettions que jamais rien ne s'était fait à Charleroi dans ce domaine en expansion dans la région, où nous voulions insuffler une autre dynamique. La première édition, également à l'Eden, était pour nous une sorte de carte de visite. La majorité des groupes que nous avions invités étant des rappeurs du cru mais aussi des groupes bruxellois et français. La deuxième édition est différente. Nous avons avant tout sélectionné ce qui correspond le mieux à la philosophie de la «Cellule» (une majorité de formations carolo mais aussi les inventifs liégeois de Starflam, les engagés bruxellois de FRJ, «Façon de Revendiquer une Justice»), des groupes avec qui on s'entendait bien, sans nécessairement chercher ailleurs ce qu'il y a chez nous. Les sets seront plus longs que ceux de l'année précédente où chacun «prenait possession» de l'Eden pendant 20 minutes. Cette année, on passe à une étape supérieure en proposant au public de vrais concerts. H 2 L, groupe basé à Gilly-Gosselies, va représenter notre collectif. Toujours issu de la «Cellule», A.A.TAK, qui a une approche philosophique intéressante des problèmes de la vie, et Section d'ATTAK qui est l'un des groupes les plus jeunes (17-18 ans) de la Cellule, particulièrement conscientisé par le respect des droits de l'homme. Il y aussi Kabal, issu de Paris, qui pratique un rap alternatif en ajoutant aux platines et au rappeur un bassiste et un batteur, et a donc une présence sur scène renforcée, susceptible d'attirer un public plus rock. Nous avons été attentifs à la cohérence de cette édition qui s'installe de manière naturelle car les groupes de chez nous connaissent bien Kabal avec qui Starflam a déjà travaillé.

Où en est le mouvement Hip-Hop en Communauté française / Wallonie-Bruxelles par rapport au grand frère français ?

A vrai dire, d'un point de vue structurel, pas très loin. Il faut qu'on crée les scènes nous-mêmes. Mais, d'une certaine manière, je pense que ce qui se passe à Liège et à Bruxelles est plus construit que chez nos voisins français où le phénomène Hip-Hop s'est amplifié fortement grâce, d'une part au quota radiophonique de chanson française et, d'autre part aux maisons de disques. Mais déjà le reggae et le dub reviennent ; un phénomène de mode risque de balayer un autre qui n'était, je pense, pas que cela. Bien sûr, des groupes français comme IAM (dont les membres organisent des ateliers d'écriture remarquables) et Assassin, que Kabal a suivi en tournée, sont aujourd'hui devenus des références car ils ont prouvé qu'ils avaient une assise artistique et sociale réelle. Soit on fait du rap pour le fun, soit on privilégie le message afin d'apporter un peu de conscience. L'art pour l'art me fatigue. En ce qui nous concerne, nous voudrions à terme que la «Cellule» soit reconnue comme un centre d'éducation permanente.

Comment harmoniser ce souci de reconnaissance et d'honnêteté à la fois avec votre public et avec les institutions partenaires ?

C'est compliqué. Nous travaillons avec les institutions tout en restant réalistes et attentifs au fait de ne pas se faire récupérer. On a de bons contacts avec la ville, le Centre culturel régional, la province et diverses autres structures. Le but du jeu est de se rendre service tout en restant cohérent. Si on commence à travailler avec l'Etat, on ne peut pas cracher dessus en même temps. Par exemple, alors que nous soutenions les sans-papiers, les animateurs du Centre ouvert de Jumet où ils sont «en attente» nous ont contactés. Avant de répondre à leur invitation, nous nous sommes posé des questions : comment se produire dans un Centre qui est devenu une sorte de gare de triage et de l'autre mener une action critique ? L'important c'est que le public qui nous a découvert était content et a bien réagi.
En ce qui concerne notre partenariat avec le Centre culturel régional qui nous a permis de lancer le festival, on espère que cette collaboration fructueuse se poursuivra à long terme, par exemple en programmant plus régulièrement dans la saison des groupes de Hip-Hop à l'Eden.

Le Hip-Hop est souvent réduit à son aspect musical alors qu'il est pluridisciplinaire. Comment se situe la Cellule à ce niveau?

Nous regroupons quatre disciplines. A la «Cellule», il y a des breakeurs, des rappeurs, des DJ's et des grapheurs (dont vous pouvez voir un exemple intéressant à la Maison de Jeunes de Couillet). Nous ne voulons pas nous limiter au rap. C'est pour cela que nous organisons des ateliers dans des maisons de jeunes, à l'ADEPS (atelier de danse et d'écriture à Pâques). Le but est d'amener différents publics à la culture Hip-Hop. Il s'étale de 13 à 40 ans et est multiculturel à l'image de notre association qui regroupe des musulmans, des catholiques, des juifs et des athées. Cette diversité représente bien le panel culturel de Charleroi.

Que dirais-tu si on reprochait aux rappeurs une attitude provocatrice, machiste et une certaine fascination pour le vocabulaire des militaires et des gangsters?

Je répondrais que le Hip-Hop ne va certainement pas plus loin dans ces dérives que le punk. Non, la connerie n'est pas liée au phénomène rap. Tolérance et respect, voilà notre philosophie. On privilégie toujours le contact et certaines valeurs humanistes. Récemment, nous avons été contactés par une prof de français à Gilly et nous avons dit aux élèves que le rap sans les autres styles musicaux n'existerait pas. De même, la langue pratiquée par nos groupes Hip-Hop est un mélange de Français, d'Arabe, voire de Wallon de Charleroi. Il y a un Turc dans AATAK et rien ne l'empêche de chanter dans sa langue car le Hip-Hop a une vocation multiculturelle et donc tolérante. Quant au moins grand nombre de femmes impliquées directement dans le mouvement Hip-Hop, je pense que la cause est avant tout culturelle car nous touchons principalement un population maghrébine où les filles ont plus de difficulté à se libérer. Le Hip-Hop n'est pas machiste (l'année dernière C-Dames, groupe féminin, s'est produit à l'Eden) mais il y un poids culturel et la nécessité d'un certain temps avant l'émancipation sociale. Après tout, on en est à la deuxième ou troisième génération d'immigrés. Rappelons-nous que ce n'est qu'en 1948 que les femmes ont obtenu le droit de vote en Belgique !

Philippe FRANCK,
Publié le 2000-04-15

Source Texte : Culture Passe n.26, p.7,8

Genre : entretien
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : Hip Hop, danse, musique, festival, Belgique, Rap, DJ,
Artiste(s) : Philippe FRANCK (rédacteur), Miguel OLIVEIRA SILVA (directeur de structure), FESTIVAL A-6000 (festival), CELLULE HIP HOP ASSOCIATION (association), KABAL (groupe de musique), ATTAK (groupe de musique), H 2 L (groupe de musique), STARFLAM (groupe de musique), IAM (groupe de musique), ASSASSIN (groupe de musique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

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