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Le payjazz d'Yvan Paduart




Yvan Paduart, musicien de jazz belge, nous confie comment il est passé à la composition, partage sa vision de ce qu'est le jazz belge et parle de son septet ainsi que de l'importance de l'image dans sa musique


Yvan Paduart est un nom qui compte dans le petit monde du jazz belge. En collaborant, sans rougir, avec ses aînés (depuis l'harmonica de Saint Toots Thielemans jusqu'à la guitare virtuose de Philippe Catherine en passant par l'accordéon de Richard Galliano ou le violon électrique de Didier Lockwood), le compositeur bruxellois a construit, discrètement mais sûrement, une œuvre de paysagiste et de mélodiste, qui rend le jazz d'aujourd'hui accessible au plus grand nombre, sans pour autant lui retirer ses lettres de noblesse. A partir de thèmes finement dessinés et d'une subtile palette harmonique, les instruments (piano mais aussi saxophone, celui de son complice Bob Malach ou d'autres solistes invités) s'envolent avec légèreté et naturel pour revenir, l'air de rien, après quelques détours élégants, à une structure accueillante et jamais contraignante pour l'oreille. De ces ambiances feutrées se dégagent une impression de sérénité et de bien-être. Aussi à l'aise en trio, en quatuor ou au sein d'une plus large formation, le créateur de Belgian Suites (album chez A-Records) a participé au projet True Stories, l'enfant d'un collectif de compositeurs et d'interprètes aguerris qu'il a réunis : Steve Houben (sax et flûte), Nathalie Loriers (piano et claviers), Jean-Pierre Catoul (violon), Peter Hertmans (guitare), Hans Van Oosterhout (batterie) et Stefen Lievestro (contrebasse).
Comment es-tu passé de l'interprétation à la composition ?
Yvan Paduart : Très tôt, dès l'âge de 15 ans, j'étais déjà plus intéressé par la mise en musique de mes propres idées que par l'interprétation de celles des autres. J'essaie d'aller à l'essentiel et d'éviter toute gratuité. Je pense que ma musique n'est pas hermétique. Cela ne veut pas dire qu'elle verse dans le compromis. Ça ne m'intéresse pas de m'adresser au réseau restreint du jazz belge ou de verser dans un quelconque élitisme. Je travaille des mélodies qui se retiennent facilement puis je les place dans un riche écrin harmonique. Mes influences ne se limitent pas au seul jazz mais s'ouvrent à d'autres champs, par exemple le musique impressionniste, celle de Ravel ou de Debussy, et son héritage.
Comment te situerais-tu dans le panorama du jazz belge ?
Je ne trouve pas grand intérêt à se situer par rapport à une identité nationale. Le jazz belge est-il aujourd'hui tellement différent de l'italien ou de l'autrichien ? Pour moi, le jazz n'a pas de frontière. Je vois davantage les choses en terme d'individualités et, en Belgique, il y en a certaines intéressantes. Nous sommes peut-être une petite trentaine de jazzmen, c'est pas beaucoup, mais c'est déjà bien si l'on compare notre petit pays à nos grands voisins. Actuellement, le jazz belge propose divers courants : il y a une démarche peut-être plus intellectuelle qui explore les polyrythmies, celle d'Aka Moon ou de Greetings from Mercury. Ce n'est pas la mienne mais je la respecte. Et puis, il y a celle de Michel Herr, Steve Houben, Nathalie Loriers de laquelle je me sens très proche. Je pense que Michel Herr, pianiste et compositeur comme moi, avec son sens de la mélodie, sa richesse harmonique, a semé beaucoup de germes. Il est sans doute trop modeste et certainement pas assez reconnu.
Après avoir joué en trio, tu t'es lancé dans une formule septet, moins habituelle...
Je continue à jouer en trio en parallèle. Le septet est né à l'initiative de Christian Debaere, organisateur de spectacles à l'auditorium Marius Stacquet de Mouscron qui voulait fêter les dix ans de Jazz à Mouscron en février 2000 avec des musiciens qu'il avait déjà accueillis. Christian m'a donné carte blanche pour réunir le septet. Puis je me suis dit que c'était beaucoup d'énergie à dépenser pour un concert, alors nous avons répété pour enregistrer un album et partir en tournée deux mois avec un matériel tout neuf. Dans ce projet, les égos sont laissés au vestiaire car nous nous mettons tous au service de la musique. Il y a plusieurs compositeurs : Steve Houben, Peter Hertmans, Jean-Pierre Catoul, Nathalie Loriers et moi-même. Chacun arrange sa propre composition pour l'ensemble. Cela permet de distiller des climats tempérés, une variété d'énergies et d'émotions.
Ta musique évoque des paysages urbains ou bucoliques...
Cela me fait plaisir quand on me dit ça car je rêve de composer une musique de film. Toots Thielemans m'a raconté que lorsque Pat Metheny l'avait invité pour jouer sur Secret Story, il lui avait donné ces indications : "tu fermes les yeux, tu es dans les plaines du Middle West, tu planes en avion, puis tu passes au-dessus du Colorado et tu regardes le coucher de soleil...". Il ne lui parlait pas de musique mais lui demandait de voir la musique en image.

Philippe FRANCK,
Publié le 2000-01-15

Source Texte : Culture Passe n.24, p.9

Genre : entretien
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : Jazz, Belgique, musique,
Artiste(s) : Philippe FRANCK (rédacteur), Yvan PADUART (musicien), Stefen LIEVESTRO (musicien), Hans VAN OOSTERHOUT (musicien), Peter HERTMANS (musicien), Jean-Pierre CATOUL (musicien), Nathalie LORIERS (musicien), Steve HOUBEN (musicien), Bob MALACH (musicien), Didier LOCKWOOD (musicien), Richard GALLIANO (musicien), Philippe CATHERINE (musicien), Toots THIELEMANS (musicien), Pat METHENY (musicien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

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