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Les musimutations d'Amon Tobin


Supermodified



Biographie d'Amon Tobin, bricoleur de musique faite d'emprunts retravaillés électroniquement et qui s'adresse avant tout au corps dansant


Calme, discret, d'une simplicité attachante, Amon Tobin laisse le culte de l'image à la star mania des DJ pour mieux se plonger dans la délicieuse obscurité de son studio. Il en sort difficilement, comme contraint par l'engouement grandissant que rencontrent ces albums, pour répondre poliment, en direct de sa maison de Brighton, aux questions des journalistes laudatifs que son quatrième opus, Supermodified, ont définitivement conquis.
Aux simplificateurs qui le présentent trop rapidement comme le futur du jazz, il répond modestement en distinguant ses emprunts retravaillés électroniquement d'une musique avant tout basée sur l'improvisation et dénonce «ces gens qui utilisent le jazz dans ses éléments les plus clichés pour en faire un ressassé palot ». S'il peut faire rouler une ligne de basse délirante à partir d'un son de clarinette ou de cuivre et fondre des éléments free dans son chaudron magique, Tobin fait bien partie de ces bricoleurs fous de musiques au pluriel qui, dans un temps record, sont devenus de véritables musiciens capables de manipuler des dizaines de samples et de concevoir des nœuds rythmiques complexes. Bricolage, sa première collaboration à l'écurie Ninja Tune gérée par le binôme « Coldcut », des musiciens ouverts et indépendants comme lui, annonçait déjà la méthode. Non, personne n'enfermera ce nomade qui a quitté son Brésil natal pour se balader du Maroc aux Pays-Bas avant de s'établir dans la vieille Albion, dans les frontières de la drum & bass (qu'il a pratiqué à ses débuts et qu'il joue toujours abondamment dans ses sets DJ), d'une nova bossa brésilienne ou d'un quelconque électro-jazz, aussi savants soient-ils. On cherchera en vain chez Tobin un parfum d'exotisme qu'il s'empresserait, le cas échéant, de subtilement frelater. Et pourtant certaines plages de Supermodified jouent de ces excès, comme avec le danger, celui de l'échantillon ou du beat de trop qui rompt l'équilibre de la composition, pour nous donner à entendre ces étincelles qui excitent les sens.
Luxuriante, futuriste, fluctuante, l'œuvre de Tobin est celle d'un d'orfèvre qui travaille minutieusement les détails et les contrastes de ces sculptures sonores. Bricolage en 1997 puis Permutation l'année suivante et Supermodified en 2000 ; on reste bien dans cet art subtil de la variation infinie qui transcende les genres et les habitudes de l'oreille pour créer son propre espace multidimensionnel.
Quand on lui parle de la qualité cinématographique de son écriture, Amon évoque cet « état d'esprit réceptif à l'attrait dramatique que les grands du suspens savent créer chez le spectateur sans que rien ou presque ne se soit passé ». Moins proche de la folie sanglante et de la Psychose d'un Hitchkock que de la nuit suintante de La soif du mal de Welles, Amon Tobin reste bel et bien un sudiste qui, à l'occasion, n'a pas peur du mauvais goût et qui s'adresse d'abord au corps dansant avant de s'insinuer dans la tête pensante.
Avec ce nouvel album confortablement installé dans le chaos du siècle nouveau, notre «musimutant» nous emmène encore plus loin dans ces aventures sidérales. A première écoute, on étouffe un peu tant les textures sont denses puis, avec le temps, la brume se lève et on perçoit mieux l'étrange beauté de ses paysages insolites. C'est que, bien qu'elle ressemble parfois à une pluie de météorites, la musique d'AmonTobin est faite pour durer.

Philippe FRANCK,
Publié le 2000-08-04

Source Texte : Le Matin

Genre : biographie
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : musique électronique, DJ, Jazz, drum & bass ,
Artiste(s) : Philippe FRANCK (rédacteur), Amon TOBIN (dj), NINJA TUNE (label),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

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