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Dick Annegarn : Baladin-poète




Après avoir volontairement disparu du show biz à la fin des années 70, Dick Annegarn est revenu dans la deuxième moitié des années 90 avec de nouvelles chansons. Son retour à la scène est suivi par un public de fidèles


Malgré une retraite volontaire qui le laissa une vingtaine d'années dans l'ombre des médias et d'un show biz qui avaient provoqué la chute de cet éternel grand naïf, Dick Annegarn est revenu dans la deuxième moitié des années 90 avec des nouvelles chansons qui n'avaient rien à envier aux récentes compilations reprenant les albums de sa première période lumineuse : ces perles appelées Bruxelles, Ubu !, Mireille, Le roi du métro, La mer, et tant d'autres plus poétiques et essentielles les unes que les autres.
Un changement de maison de disques lui permet de sortir des oubliettes avec Approche toi (chez Warner Bros, 1997). Dans cet album, le plus francophile des Hollandais démontre, si nécessaire, que ses paroles et musiques intemporelles sont toujours aussi enchantées et que, au milieu des mini-modes et faux mouvements, il est une valeur sûre de la chanson française, grand art au grand cœur.
Débarqué de son plat pays natal avec sa guitare à Paris, où il débuta dans les clubs de la Rive gauche en jouant du folk, Dick Annegarn avait déjà pris son billet de retour quand il rencontra un manager des disques Polydor qui crut en lui. S'ensuivit un premier album enregistré en trois semaines et vendu à ce jour à 140 000 exemplaires. Son aujourd'hui célèbre Bruxelles ma belle, attends-moi j'arrive, -une chanson qu'il trouvait ringarde à l'époque- ayant été évitée de justesse dans la réalité, le drôle d'accent de Dick se répandit sur les ondes et fit découvrir cette grande asperge du Nord, poète hippie à la moue boudeuse et aux binocles perçantes. Au cours de ces années d'avant crise où les grands maîtres de la chanson francophone étaient encore en activité mais quelque peu dépassés par la pop et le rock anglo- saxon, ceux qui ont eu la chance de l'avoir vu brûler les planches de Belgique et de France, se tordre sur sa chaise et malmener puis caresser sa guitare, se rappellent de ces concerts généreux comme d'un grand moment de passion partagée avec le public.
Après avoir annoncé qu'il quittait le spectacle et le « refus de rester enfermé dans son trip » lors d'une conférence de presse en 1976, Dick décroche de « la compétition » mais pas de ses illusions. Dans les années 80, il investit une péniche sur les bords de la Marne et « tend le micro à ceux qui méritaient qu'on les diffuse autant que lui ». Ces radioscopies, dont le but était de mettre en relief la richesse des différents parlers illettrés et cette proximité du populaire lui apprennent la pudeur, mais aussi à jouir des petites choses hors du ghetto du show business qui « ne stimule pas la création mais veut seulement se voir rassuré ».
Dick, le baladin rimbaldien, nourrit des grands rêves de voyage, tombe amoureux du Maroc, produit le premier disque de Raïs Mohand, un chanteur berbère avec qui il partage « la poésie et la fraternité », et s'installe dans la banlieue lilloise, très exactement entre Paris et Bruxelles. Sans promo ni actualité brûlante, Dick remplit les salles. Les concerts se multiplient avec son retour à la scène et au studio : le Bataclan à Paris, le Théâtre 140, le Parcours chanté au Botanique à Bruxelles... Le public, jeunes branchés, ex-babas, curieux de tous horizons, le suit fidèlement et se régénère avec lui.

Philippe FRANCK,
Publié le 2000-03-01

Source Texte : Culture Passe n.25,p.8

Genre : biographie
Thème(s) : musique, chanson,
Mot(s) Important(s) : musique, Chanson française,
Artiste(s) : Dick ANNEGARN (musicien), Philippe FRANCK (rédacteur), Raïs MOHAND (chanteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

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