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L'archidanse de Frédéric Flamand
Frédéric Flamand nous parle de son travail avec l'architecte designer Zaha Hadid dans le cadre du projet Metapolis. Il évoque également sa conception dynamique de l'entropie et l'influence des avant-gardes de la modernité
Après une collaboration fructueuse avec le tandem new-yorkais Diller + Scofidio, Frédéric Flamand a poursuivi son investigation des rapports entre danse, architecture et image avec Zaha Hadid -architecte /designer d'origine irakienne-, la star féminine des partisans d'une architecture résolument dynamique. Dans Metapolis project 972, la fluidité du décor architectural et la multiplicité des strates d'image ne font qu'affirmer la matérialisation des corps dansants, point focal du créateur de "Muybridge" et de "Moving Target". Des écrans bleus (le procédé du "blue screen") boivent le flux des images urbaines tandis que les corps s'emboîtent et se déboîtent dans un environnement hybride réel/virtuel. Nourri par les grandes avant-gardes du siècle passé, le tandem Flamand/Hadid a fait danser une incroyable ville utopique faite de chair, d'écran, de son et de lumière.
- Vous définissez "Metapolis" comme l'au-delà de la ville ou la ville sans fin comme on peut l'observer par exemple à Los Angeles. Comment avez-vous collaboré avec Zaha Hadid pour passer de l'espace urbain et architectural à la scène ?
Frédéric Flamand : C'est curieux que vous citiez Los Angeles comme exemple de cette expansion urbaine endémique, car c'est précisément là que l'architecte/designer Zaha Hadid, avec qui j'ai travaillé pour ce spectacle, a construit un décor d'opéra et ce n'est pas un hasard ! Pour revenir à la question, j'ai commencé à employer la vidéo en 1984 avec "Scan lines". Depuis, le rapport image/scène s'est complexifié grâce à l'apport de Fabrizio Plessi avec qui j'ai réalisé ma trilogie (on se souvient de la piscine de La Broucheterre dans "Ex Machina" et de sa virtualisation) puis celui de Diller & Scofidio, les architectes new-yorkais avec lesquels j'ai conçu "Moving Target", "EJM 1/Muybridge" et "EJM 2". Zaha Hadid dessine d'abord des esquisses dont elle remplit des carnets entiers, puis elle passe à des images virtuelles. Chez Zaha, comme chez tous les grands artistes, un trait, c'est LE trait. Il résonne dans l'espace. Nous avons transposé ses dessins en lumière puis la vidéo est venue s'y mélanger. En réduisant peu à peu le nombre des structures qui interviendraient dans le spectacle, nous avons consacré trois ponts mouvants qui s'emboîtent les uns dans les autres, afin d'aller à l'essentiel. C'est dans cet espace scénique transformable à deux niveaux -architectural et virtuel- que s'est littéralement taillée la chorégraphie. Tout l'espace est en mouvement. On ne sait plus si les danseurs dansent devant ces structures et les images ou, au contraire, s'ils en sont les réceptacles. Comme pour "Muybridge", nous avons utilisé la technologie du "blue screen" qui permet d'inscrire une image sur toutes sortes de surfaces et de développer différentes formes de surimpressions. Quand on voit des images de la ville défiler sur le costume d'un danseur, c'est le corps qui donne vie à l'image.
- Dans vos notes d'intention, vous vous référencez à l'entropie, ce terme emprunté à la thermodynamique qui définit une certaine évolution vers un état de désordre accru, non de manière alarmiste ou négative mais plutôt comme une possibilité de régénération...
Je pense que notre société fonctionne dans ce sens. Ce n'est pas un hasard si plusieurs autres artistes contemporains ont travaillé sur ce concept. En ce qui me concerne, je n'associe pas nécessairement ce mouvement au chaos. Mais comment ne pas rester spectateur de ces discordances? Je ne suis pas nihiliste, je crois en une dynamique qui permet de réinventer les choses, entre stabilité et instabilité, à des stratégies de survie qui, dans notre cas, passent par le langage du corps. Metapolis est un spectacle ouvert à ces interrogations comme le sont les dessins de Zaha Hadid.
- Comme vous, Zaha Hadid a un côté nouveau baroque, comme vous, elle se nourrit des grandes avant-gardes de la modernité...
Le baroque, c'est le mouvement, l'envers du cartésien. Zaha Hadid aime à se définir comme «une babylonienne», et elle ajoute «5000 ans de culture». Ce n'est pas de la prétention car Zaha est réellement une sorte de médium. Quant aux avant-gardes, on peut remarquer une influence du constructivisme russe et du futurisme italien dans les costumes conçus, et c'est une première pour elle, par Zaha mais plus encore dans ses dessins qui ne sont pas sans évoquer Kandinsky et aussi la calligraphie orientale qui fait partie de son patrimoine. On peut aussi remonter à la Renaissance et sa conception centrale de l'homme ou de la ville idéale qui, aujourd'hui, serait sans doute une ville virtuelle. Toutes ces utopies ne sont pas des naïvetés, elles peuvent motiver et changer
Philippe FRANCK,
Publié le 2000-03-01
Source Texte : Culture Passe n.25 p12
Genre : entretien
Thème(s) : architecture, multimédia, danse,
Mot(s) Important(s) : danse contemporaine, art visuel, corps-machine, avant-garde, architecture, nouvelles technologies,
Artiste(s) : Frédéric Flamand (chorégraphe), Philippe FRANCK (rédacteur), Zaha HADID (architecte),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
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