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Visages, 2000


Oeuvres de Robert Kot



Robert Kot, jeune photographe, investigue le champ des nouveaux médias dans des séries de portraits atypiques


Le parcours de Robert Kot, partant d'une forme traditionnelle de photographie pour investir le champ des nouveaux médias, semble tellement naturel qu'il en devient désarmant et presque atypique. Ce jeune artiste - à peine 25 ans - d'origine slovaque et établi à Bruxelles, a commencé son cheminement en Belgique par des études en photographie à La Cambre, entamées en 1995 et achevées récemment. Il y a initié plusieurs projets axés sur des séries de portraits. C'est l'aboutissement de ceux-ci, revus à la faveur de nouveaux outils d'investigations et des possibilités illimitées offertes par les technologies numériques, qui a donné naissance une l'installation.
Dans cette installation qui brouille les pistes et les rôles prédéfinis en faisant participer activement le spectateur aux micro-histoires racontées par ces portraits, le visiteur est appelé à devenir acteur à part entière de l'expérience artistique. L'interaction sur laquelle repose l'installation permet de déclencher aléatoirement l'affichage de certains portraits de façon prédominante.
Lors d'un entretien ensoleillé, nous avons rencontré l'artiste qui nous fait miroiter les différentes facettes de son travail, avec un grand sens de l'humilité.


- Votre parcours est plutôt inhabituel, qu'est-ce qui vous a poussé à vous détacher de la photographie traditionnelle pour investir le champ des nouveaux médias ?

Robert Kot : A l'origine, j'ai une formation en sciences exactes, parallèlement à mon parcours de photographe, que j'ai initié dès l'âge de 16 ans. Mon passage vers les technologies numériques s'est fait très naturellement. J'ai toujours beaucoup aimé les photomontages, les manipulations de l'image. Alors qu'auparavant je faisais tout de manière "analogique", aujourd'hui je me suis rendu compte des possibilités extrêmement plus variées qu'offrent les outils informatiques. J'aime ce sens de liberté absolue, sans - ou presque - contraintes techniques. Lors de mes études, j'ai été initié au logiciel Quick Time Virtual Reality, qui a profondément influencé ma manière de concevoir les choses. J'ai dès lors eu la volonté d'expérimenter des choses nouvelles avec cet outil, de pouvoir manipuler les objets sur un axe de 360 degrés.

- Qu'est-ce qui sous-tend votre recherche artistique sur le portrait ? Est-ce une manière pour vous de capter des moments de tension, les fils d'une narration en suspens ?

En fait, mon intérêt pour les portraits me vient d'une série de travaux que j'ai effectués lors de mes deux dernières années à La Cambre. L'une portait sur des singes, l'autre sur des visages humains clonés. L'installation actuelle est également le résultat de ces travaux antérieurs qui marque une étape supplémentaire dans mon cheminement. J'aime le travail sur le regard, bien que je refuse l'émotion ou la vie dans mes portraits. J'ai plutôt tendance à les traiter comme des objets.
Sur le plan de la narration, c'est le spectateur qui détermine la durée et l'agencement du scénario. L'ordinateur a bien sûr un grand rôle à jouer car c'est lui qui aléatoirement sélectionne les séquences.

- La fascination à l'égard des nouveaux médias n'entraîne-t-elle pas parfois un renoncement de l'artiste, une tentation du formalisme, une dérive vers des aspects plus strictement techniques ou technologiques ?

Dans mon cas, les choses évoluent au fur et à mesure et viennent d'elles-mêmes. L'expérimentation que je mène me paraît importante, sans être nécessairement formelle. Ma démarche générale est plutôt spontanée. Par ailleurs, je suis fasciné par les procédés aléatoires, par le fait que ce soit la machine qui choisisse. Chacun y retrouvera des choses qui lui sont proches. En définitive, c'est le spectateur qui se forge sa propre opinion.

- D'après vous, les circuits traditionnels de diffusion et de production artistiques sont-ils adaptés au genre de démarche que vous menez ? Quels sont les particularités de l'art multimédia par rapport à ces problématiques ?

Je vous dirai honnêtement que, jusqu'à présent, c'est la structure de l'école qui m'a permis de réaliser mon travail, même au niveau financier. Ceci n'était évidemment valable que pendant la durée de mes études et je vais sans doute devoir envisager d'autres solutions. Il n'existe quasiment pas de structures de production en Belgique pour ce genre d'œuvres, qui requièrent un fort potentiel technologique et dont le coût est en général assez élevé. En ce qui concerne la diffusion, je pense que, d'ici quelques années, ces œuvres seront le lot commun. La prochaine génération aura totalement intégré la dimension multimédia et cela apparaîtra tout à fait naturel...et plus si nouveau que ça.


Vincent DELVAUX,
Publié le 2001-10-25

Source Texte : Culture passe n.31, p. 13

Genre : entretien
Thème(s) : multimédia, photographie,
Mot(s) Important(s) : art visuel, multimédia, photographie, portrait,
Artiste(s) : Vincent DELVAUX (rédacteur), Robert KOT (créateur multimédia),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq

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