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Régis Cotentin: Aveugle
Aveugle est une vidéo sur la peur, qui hante d'autant plus les esprits que ceux-ci doivent faire face à l'invisible
Artiste: Régis Cotentin
Description:Réalisée entre 1997 et 1999, Aveugle questionne les représentations mentales que la conscience collective se constitue à l'évocation des plus grandes déchirures du siècle (Les camps d'extermination, Hiroshima, Tchernobyl, ...). Ces événements ont une caractéristique commune: ils manquent les images. Le défaut de traces filmées de la Shoah constitue le point aveugle de l'histoire du cinéma, et l'écran vide concentre les peurs de générations entières. La bombe atomique est la "première arme-lumière"; elle détruit autant par l'éblouissement de son éclair que par sa force explosive. Les radionucléïdes en Ukraine sont invisibles. Ils agissent comme des ondes imperceptibles et grillent les pellicules photographiques. Confrontés à l'absence d'images, les hommes ont combiné archives filmées, photographies, fictions et peintures pour se fabriquer une mémoire des événements cardinaux du 20ème siècle. L'imagination de chaque individu développe selon ses connaissances quelque chose qui s'apparente à une légende. Aveugle est une vidéo sur la peur, qui hante d'autant plus les esprits que ceux-ci doivent faire face à l'invisible.
Pour la composition narrative, l'artiste a eu recours à des portraits de l'album de famille. Photographiés avant la guerre, ils témoignent de la vie avant les camps. Ils sont utilisés dans le même esprit que les portraits spirites avec surimpression. Les sujets des photographies ont perdu leurs traits réels, mais ils ont été "touchés" par les événements de la petite comme de la grande histoire. Ils attestent que les événements dont nous n'avons aucune trace sont déterminants. Pour Régis Cotentin, l'aspect fantomatique des portraits est lié aux ombres fixées sur les murs d'Hiroshima, unique trace du passage des hommes devant l'éclair de la bombe. Leur empreinte évoque tragiquement le théâtre d'ombres qu'on appelle aussi cinéma. Cette considération lui a permis de structurer le montage de la vidéo. Les premières images rappellent la magie des débuts du cinéma. La lumière du faisceau de projection révèle l'invisible.
La suite est un ciné-montage à la manière des photomontages de John Heartfield. Elle conte la résistance de l'art cinématographique aux voies totalitaires. L'alchimie des origines lutte contre l'envoûtement de la propagande. L'utilisation politique du cinéma est comme une brûlure du négatif et de la mémoire. Le prosélytisme est de la magie noire. La dernière image évoque l'éblouissement du flash nucléaire, conséquence définitive de la malversation des lumières du cinéma comme méthode d'aveuglement.
Présentation:
* Studio National des Arts Contemporains, Le Fresnoy, à Tourcoing, France (Exposition Nouveaux Indices).
Infos pratiques: film en vidéo, 10 mn, couleur, 1999. Grand prix du Festival Vidéo d'Estavar Llivia 2000
Production Transcultures
Source Texte : Transcultures (http://www.watoo.net/beta/transq)
Genre :
Thème(s) : vidéo, audiovisuel,
Mot(s) Important(s) : audiovisuel, vidéo, expérimental, mémoire, invisible, cinéma, guerre,
Artiste(s) : Régis COTENTIN (vidéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
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