Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
VIA 2007 Zoom sur les Rencontres professionnelles arts de la scène/technologie
Entretiens avec le binôme de transitscape a propos du projet "Call shop"
Festival au sein du festival Via, les rencontres professionnelles sont destinées aux opérateurs culturels et aux étudiants des écoles artistiques intéressés par l'utilisation de la technologie au sein des arts de la scène. Treize propositions de spectacles, issus majoritairement de résidences ou co-productions du CECN et faisant la part belle à la technologie, sont au programme de la manifestation, dans leur intégralité ou par la présentation d'extraits. Certaines ont fait l'objet d'une introduction par les artistes, metteurs en scène, chorégraphes, techniciens et ingénieurs.
Les 20, 21 et 22 mars, il était possible d'y découvrir, entre autres, le travail de créateurs aussi divers que Daniel Danis (CAN) qui a présenté Kiwi, fruit d'une collaboration entre ce poète canadien et le réalisateur vidéo, Benoît Dervaux. On a aussi pu assister à Dissident, il va sans dire, de Laurent Hatat (F), production dans laquelle il mélange subtilement scénographie et projection d'images, ou encore au spectacle d'Emilie Aussel (F), qui a démontré avec Blade Affection qu'un puzzle d'images, de sons et de récits était possible. Eudaimon pour sa part nous a présenté un extrait d'une vingtaine de minutes du spectacle le rêve d'un homme ridicule, une œuvre encore en chantier basée sur l'exploration corporelle assez proche du mime, ainsi que sur une mise en espace de la voix. L'incontournable chorégraphe Michèle Noiret (B), une référence dans l'interraction entre danse et technologie était bien sûr présente avec Motion Duo. C'est à travers un monologue féminin que Le Sas de Sylvie Landuyt traite de l'univers carcéral et aussi de l'enfermement en soi et hors-soi et partage le dedans avec ceux qui ne connaissent que le dehors.
Parmis les spectacles présentés, citons encore celui de la canadienne Sylvie Chartrand qui nous a amené dans un monde de marionnette et de robotique avec Idem Esse, et au croisement de l'installation et de la performance, la Cie Mirror (F) avec Présence. Le metteur en scène belge Lorent Wanson de retour du Congo nous a également fait découvrir son projet : Africare. Ce coup de projecteur est également l'occasion pour nous de mettre en lumière plusieurs projets porteurs comme Call Shop de Transiscape qui a d'ailleurs remporté le prix du jury. Effet papillon de Mylène Benoit, Dissident, il va sans dire et Blade Affection. Nous avons rencontré chacun de ces créateurs pour interroger leur cheminement artistique, et sonder leurs impressions par rapport à cette initiative qui repose avec pertinence le questionnement sur les enjeux de ces collaborations transfrontalières en vue, demain, d'une création sans frontières...
CECN : Quel est le propos de Call Shop ?
Pierre Larauza et Emmanuelle Vincent : Call Shop est une pièce hybride, où la scène est vécue comme un lieu d'exil suspendu entre l'ici et l'ailleurs. Nous explorons à travers la métaphore du Call Shop la notion même de frontière, ses limites et ses invraisemblances. Le spectacle s'inspire des multiples situations d'incommunicabilités, de ruptures, mais aussi d'espoirs que convoquent les cabines publiques de téléphonie, lieux témoins de rendez-vous et de multiculturalité. Conversations, danses et dérisions se mêlent autour de cinq performeurs incarnant les personnages de L'Ailleurs, Celui qui vient de loin, La Tique, Celle qui n'a plus de nom et L'Aiguilleur.
Le call shop est pour nous un symbole positif de multiplicité, de différences et de frontières imperceptibles. Quiconque est ainsi à même d'atteindre un autre pays sans qu'une frontière physique ne lui fasse barrage. En retournant et malmenant cette situation positive à travers une fracture dans la narration de la pièce, nous souhaitions tourner en dérision les notions de frontières physiques et d'identités nationales. Par l'invention d'une pseudo-frontière téléphonique dans les call shops où désormais un visa et un contrôle identitaire seraient nécessaires pour atteindre un pays étranger : un mur de contrôle mental invraisemblable ancré entre l'ici et l'ailleurs.
CECN : Sans tout nous dévoiler, quelle est la nature du dispositif scénique ? Le spectateur bénéficie-t-il, comme c'était le cas avec l'interactivité mise en place pour Insert Coins#2, d'un statut particulier ?
P.L. & E.V. : Dans Call Shop, nous interrogeons à nouveau le statut du spectateur, l'intimité de sa relation à l'acteur. En cela, nous poursuivons notre intérêt à explorer et jouer avec l'interactivité, à travers notamment une écoute individualisée se rapprochant ainsi de ce qui avait été fait pour l'installation performance Insert coin . Le dispositif de Call Shop, pièce de théâtre-danse, plus classique dans la forme et dont la durée est déterminée, n'est pas aussi explicitement interactif ; le public se trouve en situation frontale face à un plateau mais un réseau de casques audio placés dans la salle permet à un certain nombre de spectateurs de rentrer ponctuellement en intimité sonore avec une partie des performeurs. La scène est ainsi vécue comme un montage sonore en temps réel où les narrations se superposent et pour lesquelles le spectateur doit choisir son champ d'écoute. Il naît aussi des situations d'inter-relations entre spectateurs qui n'écoutent pas les mêmes performeurs et ont donc une perception différente de ce qui se passe sur scène à un même moment.
CECN : Comment envisagez-vous le rapport entre le corps et la technique dans votre travail, et dans Call Shop en particulier ? Quelle est votre politique en matière de technologie de la communication dans ce travail ? J'entends « politique » ici, à la fois comme « usage et pratique » mais aussi comme « engagement politique ».
P.L. & E.V. : Nos champs d'expérimentations s'inscrivent dans une recherche interdisciplinaire où nous nous intéressons justement à la contamination réciproque entre les différents médiums et à l'effacement des frontières entre disciplines. Nos travaux sont pensés comme des objets en évolution et sans limite de statut. Nous ne sommes pas spécialement fascinés par la technique en tant que telle et évitons toute approche techniciste, privilégiant par exemple, comme dans Insert coin, une interactivité humaine et sensuelle. Nous tentons de faire naître une relation ambiguë, non hiérarchisée mais percutante, entre corps, performeurs, technique et dramaturgie. Ainsi l'aspect technique de l'interactivité est par exemple tourné en dérision dans l'installation-performancee Insert coin. Dans Call shop, nous nous intéressons à nouveau à la notion d'interactivité entre spectateur et acteur à travers un dispositif sonore relativement simple sur le plan technique mais amenant une intimité dans l'appréhension de la pièce.
La collaboration avec Alexander MacSween (NDR : compositeur et musicien canadien) nous a ouvert tout un univers sonore nouveau. Utilisant des moyens informatiques avancés, Alexander intègre fréquemment dans ses compositions un travail sur la voix humaine. Il va ainsi traiter en temps réel la voix du personnage féminin de L'Ailleurs, qui incarne à elle seule la multiplicité des voix réceptrices.
CECN : Comment s'articule le rapport entre fiction et réalité dans Call Shop ?
P.L. & E.V. : Nous avons envisagé Call Shop, en étroite collaboration avec l'écrivain Corinne Bertrand, comme une fiction, où les cinq performeurs incarnent des personnages inventés, mais issus de phénomènes actuels et réels. L'action de la pièce se passant dans un call shop et dans un aéroport : L'Ailleurs (Samantha Conty ) est un personnage allégorique. Elle est dans une autre dimension suspendue entre l'ici et l'ailleurs. Dans le call shop, elle concentre dans sa personne la multiplicité des voix réceptrices. La Tique (Emmanuelle Vincent) est une guide touristique dans un aéroport, qui n'a pourtant jamais voyagé. Dans le call shop, qu'elle trouve exotique, elle est obsédée par la description des clients mais aussi de leurs actions en cours, passées ou futures. Apatride et esseulée, Celle qui n'a plus de nom (Cécile Cozzolino ) erre entre l'aéroport et le call shop où elle vient téléphoner au hasard. Son personnage évoque l'errance et la solitude. Celui qui vient de loin (Héritier Mukendi) passe de nombreux appels à l'administration. Immigré, il est en attente de régularisation. Il subit l'oppression et l'absurdité bureaucratique. Il prétend que tout va bien mais s'avère fragile. L'Aiguilleur (Alfredo Fernandez Atienza) est l'employé du Call shop. Il deviendra fou. Il incarne une certaine forme de pouvoir et de contrôle.
CECN : D'un point de vue technique et en matière de production, comment s'est élaboré le projet ?
P.L. & E.V. : L'un des moments forts de notre approche technique a été le workshop organisé par le CECN et TechnocITé, donné par Alexander Mac Sween en décembre 2006 à Mons. Nous avons pu découvrir et approfondir nos connaissances sur le traitement de la voix en temps réel, ses applications techniques et l'intérêt dramaturgique que cela pouvait présenter. Serge Payen, notre régisseur, a également suivi cette formation. Nous travaillons ainsi en étroite collaboration avec Alexander MacSween qui bien que vivant au Canada vient régulièrement en Europe pour des tournées ou pour donner des formations. Le CECN et TechnocITé nous accompagne aussi dans cette création en mettant à notre disposition lors de nos résidences à Mons du matériel spécifique lié au son et à la vidéo. Nous avons mené la seconde période de résidence à la Maison Folie, en février 2007, où nous avons joui de conditions de travail exceptionnelles qui nous ont permis d'élaborer le dispositif technique dans les conditions véritables du spectacle, et de réaliser notre projet avec une grande intensité.
Mar 20, Mer 21 Mars - 20h30 dans le cadre de VIA
Jeu 22 Mars - 19h dans le cadre des Rencontres Professionnelles
Maison Folie - Mons
Txt spectacle :
Théâtre/Danse création t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e (durée 1h10)
Une coproduction de t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e, du manège.mons/ Maison Folie, du manège.mons/ CECN, Technocité. Avec le soutien de Transcultures, du service culturel de la Commune d'Ixelles. En résidence à la Maison Folie de Mons.
Conception et mise en scène Pierre Larauza + Emmanuelle Vincent Conception sonore Alexander MacSween Texte Corinne Bertrand Performeurs Samantha Conty, Cécile Cozzolino, Alfredo Fernandez Atienza, Héritier Mukendi, Emmanuelle Vincent Régisseur général Serge Payen Costume Claire Dubien Graphiste Sarah Jacobs
Bio
Créé 2003 en France, t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e est un binôme pluridisciplinaire entre un architecte vidéaste, Pierre Larauza, et une comédienne danseuse, Emmanuelle Vincent. Leur champ de recherches et d'expérimentations ne se limitent pas aux espaces de transit et au mouvement mais s'intéressent aussi à la question du personnage, de la fable et au rapport fiction/réalité. Produits par Transcultures, leurs travaux sont pensés comme des objets en évolution et sans limite de statut. t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e a présenté Insert Coins#2 en mars 2006 à la Maison Folie de Mons, dans le cadre des Emergences de VIA 2006. Rencontre avec Pierre Larauza pour la creation de Call Shop dans VIA 2007.
Pierre Larauza (France, 1976) est un artiste pluridisciplinaire impliqué dans des projets individuels et collectifs (architecture, vidéo, photographie, scénographie et multimédia).
Emmanuelle Vincent (France, 1978) est une comédienne danseuse. Elle est diplômée d''un DEUST et d'un DEA en Arts du spectacle (Sorbonne-Nouvelle, Paris 3, 2002)
www.transitscape.net
info@transitscape.net
Effet Papillon, Mylène Benoit - Cie contour progressif
Chorégraphie pour trois danseuses inspirée de l'univers du jeu vidéo
Si la plupart des jeux vidéos mettent en scène des avatars humanoïdes en formalisant leurs postures et leurs mouvements via des procédés de motion capture , Mylène Benoit, dans Effet Papillon, envisage l'option inverse : cerner par la danse la contamination des corps réels par leurs images virtuelles issues des jeux vidéos. Une archéologie du corps contemporain et de ses codes, avec comme leitmotiv la belle alternative proposée par Henri Bergson en 1939 dans Matière et mémoire, Essai sur la relation du corps à l'esprit :« Dîtes que mon corps est matière, dîtes qu'il est image, peu m'importe le mot ».
« Effet Papillon est une histoire en devenir » raconte Mylène Benoit : « cette recherche a commencé par l'observation et l'exégèse d'un certain nombre de jeux vidéos, dont les avatars présentaient des qualités de mouvements qui m'interpellaient, comme The Sim's (Maxis / Electronic Arts), Tomb raider (Eidos), Beyond good and evil (Ubisoft), Ico (Sony), GTA (Rockstar) et Second Life (Linde Lab). J'ai invité la danse à s'approprier ces mouvements, à retrouver les caractéristiques corporelles de leur virtualisation. Progressivement, les danseuses (Barbara Caillieu, Laure Myers, Magali Robert) ont incorporé la kinésthesie des avatars, mais aussi toutes les dynamiques programmatiques propres au jeu vidéo : les bugs, les boucles, le respawn , les freeze, etc. ». A l'automne 2005, Mylène Benoit a suivi une formation au CECN, pour se familiariser avec la programmation et les logiciels Max MSP et Light Regie, en vue de la présentation d'une première étape de travail dans le festival Ars Numerica de Montbelliard. En mars 2006, une seconde étape de création est présentée dans les Emergences de VIA, à la Maison Folie de Mons, suivie d'une une résidence au Manège. Le spectacle a été présenté en avant-première au Vivat d'Armentières en décembre 2006, dans le cadre d'un temps fort auoutr de la relation « réel-virtuel », pour être enfin créé dans la cadre de VIA 2007, revenant à la Maison Folie de Mons après une génèse transfrontalière.
Evénement majeur dans le processus de création d'Effet Papillon, l'abandon après les premières étapes du medium vidéo. Parti pris audacieux que de ne pas faire entrer un seul pixel sur la scène, pour un travail portant sur le jeu vidéo ! Si le thème d'Effet Papillon est technologique, en apparence l'espace scénique ne le montre pas : « Nous avons fait le choix d'assumer entièrement le saut du médium vidéo au plateau, du virtuel au réel, plutôt que de chercher à tout prix à les rassembler. Le projet en lui-même le fait déjà » explique Mylène Benoit. Choix sans doute judicieux : la disproportion entre l'économie de production du jeu vidéo, en passe de devenir devant le cinéma le moteur des industries culturelles, et celle du spectacle vivant, ne permettent pas à ce dernier de rivaliser sur le plan technologique, en tous cas dans les logiques de productions actuelles. Effet Papillon a évité cet écueil : « d' un point de vue strictement visuel, c'est avec les moyens ‘traditionnels' du théâtre que les espaces virtuels des jeux vidéos sont revisités. La lumière est présente comme espace et comme paysage, vecteurs d'illusions d'optique et de dynamique pour la danse. Nous cherchons à retrouver, sans technologie visuelle, des effets de scrollings et de cut. Virtualiser des espaces, les fragmenter par des effets de transparences et jeux de miroirs. Jouer avec les sources lumineuses indirectes et leur réflexion, pour retrouver sur les danseuses le retro-éclairage de l'écran LCD sur des sprites . La partie proprement ‘technologique' du travail concerne la dimension sonore de la scénographie, conduite par Laurent Ostiz pour la composition musicale et par Cyrille Henry pour la programmation. Les danseuses évoluent dans un écosystème acoustique entièrement interactif : les capteurs sont cachés, le spectateur ne soupçonnent pas que chaque mouvement a une incidence sur le paysage sonore du spectacle. L'intégration des potentialités des capteurs, la maîtrise du vocabulaire sonore offert a représenté un énorme travail pour les danseuses »
Une des plus belles réussites du spectacle est ainsi de parvenir à représenter les combats virtuels et rendre sur le plan sonore l'intensité des situations d'alertes ou d'affrontements propres aux jeux vidéos : « dans un monde sans risque et dans le déni obsessionnel du danger, de la responsabilité, de la mort, le combat sanglant du jeu vidéo est une compensation refuge à la pulsion de mort. Combat contre rien, combat contre les images ou contre la machine, dans le vide, une façon hygiénique d'exulter, de risquer sa vie et de transférer l'agressivité... » note Mylène Benoit. Autre pari réussi, l'étrange sentiment d'empathie que parviennent à provoquer les danseuses d'Effet Papillon : malgré leur motricité contrainte et archétypée, leur apparente invulnérabilité, ces corps-machines demeurent résolument humains et familiers : « j'ai été particulièrement touchée par des témoignages de spectateurs, qui m'ont avoué avoir ressenti, dans leur propre chair, une véritable intimité avec les mouvements des danseuses ». Preuve, peut-être, qu'aujourd'hui cette porosité entre nos corps et l'image virtuelle est véritablement à l'œuvre en chacun de nous.
Effet Papillon, Mylène Benoit - Cie contour progressif
Chorégraphie pour trois danseuses inspirée de l'univers du jeu vidéo
Avec : Barbara Caillieu, Laure Myers, Magali Robert / Coproduction : [ars]numérica, Atelier d'Art 3000 - Le Cube, Issy-les-Moulineaux, Manège.mons / Maison Folie et CECN, Le Vivat – Armentières
Avec le soutien : de la DRAC Nord-Pas-de-Calais / ADAMI / Fondation Beaumarchais, Ministère de la Culture et de la Communication (DICREAM), Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais,
Le Manège Maubeuge / Prêt de studio : Centre National de la Danse, Danse à Lille, Danse Création, Condition Publique
SAM 24 MARS - 17H30 MAISON FOLIE – MONS dans le cadre de VIA
25.03 à 15h30 dans le cadre des Rencontres Professionnelles
www.contour-progressif.net
mylene.benoit@free.fr
Bio
Mylène Benoit, plasticienne, vidéaste et chorégraphe, formée à l'université de Westminster à Londres et à l'université Paris 8 (hyperdocuments multimédia). Elle commence à travailler dans le spectacle vivant dès 1999 à Paris, puis au Fresnoy, Studio national des arts contemporains de Tourcoing ou elle est artiste-résidente d'octobre 2001 à juillet 2003. Plasticienne, elle interroge la définition différentielle de l'image et du visible à travers différents vecteurs de représentation, de la vidéo à la tapisserie d'Aubusson. Elle crée en 2003 la Compagnie Contour Progressif dont les réalisations s'articulent autour de l'étude de la relation entre l'image numérique et l'écriture chorégraphique. Chaque nouvelle pièce implique l'élaboration d'un dispositif scénographique associé à un vocabulaire chorégraphique inédit, émergeant de la rencontre du geste et de l'image. Depuis 1997, elle intervient à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris comme conceptrice d'exposition et chef de projet multimédia.
Laurent Hatat
Dissident il va sans dire
CECN : Dans Dissident il va sans dire, comme dans votre spectacle précédent, Foley, une chevauchée irlandaise (cf CECN N°3), le dispositif vidéo utilisé semble fonctionner comme un élément dramaturgique à part entière. Cette approche de la vidéo semble être pour vous une exigence particulière.
Laurent Hatat : Je n'aime pas bricoler avec la vidéo sur scène, il faut pouvoir intégrer cet élément dès la genèse du projet. Le fil du travail vidéo dans Dissident est le souci de la narration. Dans ces douze séquences muettes, l'image est rétro projetée derrière une baie vitré, sur des écrans qui ne sont jamais visibles. Cela donne aux images des personnages une présence onirique, celle d'un passé réel ou fantasmé, par rapport aux situations jouées sur la scène.
CECN : Pouvez-vous nous préciser les options technologiques que vous avez préféré utiliser pour votre spectacle ?
L.H. : Le système de projection est assez complexe, il fallait calculer le bon rapport entre le dispositif scénographique et celui de projection, afin de conserver constamment la taille réelle des personnages. On a travaillé en HDV afin d'obtenir une image des corps la plus réaliste possible, ce qui implique en contrepartie une phase de numérisation très lourde due au poids des images. La vidéaste Lucie Lahoute a directement retravaillé en temps réel cette matière avec Max MSP. Le CECN a produit le film que nous avons tourné pendant deux jours à Mons à l'auditorium de la RTBF, le spectacle ayant été créé à la maison Folie Wazemmes. Entre Mons, Lille ou Douai , on a vraiment l'impression de travailler dans le même quartier !
Une production Anima Motrix /
Coproduction l'Hippodrome – Scène Nationale de Douai et le Théâtre de la Commune - Centre Dramatique National d'Aubervilliers Avec le soutien du Manège.Mons/cecn et
de la Maison Folie de Wazemmes / Ville de Lille Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Contact production
Eugénie TESSON-BEROS
++33 (0)6 22 18 11 14
eugenietesson@wanadoo.fr
Bio
Laurent Hatat crée la compagnie Anima Motrix en 1997. Lauréat de l'Institut Nomade de Formation à la Mise en Scène au sein du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris, il est metteur en scène associé au CDN/Nouveau Théâtre de Besançon et à L'Hippodrome de Douai.
Emilie Aussel
Blade Affection
CECN : Blade Affection est une création dans laquelle images, récit et musique entrent en résonance et se brouillent . Comment avez-vous élaboré ce puzzle ?
Emilie Aussel : Le point de départ est une nouvelle racontant les retrouvailles de trois amis. Le mode de prise de vue a été choisi pour une projection sur 3 écrans : l'action et les tensions relationnelles circulent d'un espace à l'autre, se perdent et se répondent. Après un tournage de dix jours sur la jetée de Dunkerque, Claire-Mélanie Sinnhuber a entamé la composition musicale, à partir d'éléments du paysage : les sons et les fréquences rencontrés, ainsi que le climat et son âpreté. Pour la performance, les chanteuses sopranos interviennent en direct : leurs compositions n'étant pas « lyriques » mais basées sur le souffle et les interférences. Celles-ci viennent introduire une variable dans le récit, pour accentuer, contredire ou rythmer les éléments sonores présents dans le film. À certains moments, on ne parvient plus réellement à distinguer le souffle du vent, une voix d'une fréquence électronique.
CECN : Cette performance a été créé à Lille en juin 2006, dans le cadre du festival Latitudes Contemporaines à la maison Folie de Wazemmes. A t-elle évoluée lors de ses reprises à la Fondation Royaumont, au Conservatoire National de Paris et en mars 2007 à Mons ?
E.A. : Le dispositif technologique produit avec le Fresnoy demeure identique. Mais par rapport à la création, nous avons modifié la position des chanteuses. Celles-ci se trouvaient à l'origine derrière le public, elles sont désormais placées latéralement. Leur interactivité avec les images est assez discrète, dans cette nouvelle disposition elle apparaît plus tangible. C'est cette configuration que nous avons choisie pour la représentation à Mons.
Coproducteurs : une production du Fresnoy – Studio National des Arts Contemporains en partenariat avec La Fondation Royaumont. Avec le soutien de la Commission Européenne FSE Objectif
Contact production Natalia Trebik
Ntrebik@lefresnoy.net
Tél : +33 (0)3 20283864
Mobile : + 33 (0)6 60155452
Fax : + 33 (0)3 20283899
www.lefresnoy.net
Bio
Emilie Aussel a étudié aux Beaux-Arts de Montpellier, puis à la Villa Arson à Nice, a terminé sa formation au Fresnoy, Studio national des arts contemporains, à Tourcoing. Après avoir réalisé des videos et des court-métrages montrés en France et à l'étranger, elle approche une version performative du récit et de l'espace par la création de performance multimédia (Blade Affection, 2006 en collaboration avec la compositrice, Claire-Mélanie Sinnhuber).
Heidi Ostrowski
Le rêve d'un homme ridicule
CECN : Pour mettre en scène cette nouvelle de Fedor Dostoieski extraite d'un chapitre Des démons (1877), vous avez opté pour un traitement systématique de la voix de la comédienne. Pouvez-vous nous éclairer ce choix ?
Heidi Ostrowski et Ludovic Romain : Ce texte est marqué par des ambiances lourdes, torturées et expressionnistes. C'est le monologue d'un homme pressé d'en finir, qui se détourne du suicide grâce à une rencontre fortuite. Plongeant dans un profond sommeil, son rêve le conduit vers un univers utopique et une forme de rédemption. Le son nous semblait à même d'évoquer cet imaginaire avec d'avantage de liberté. Nous avons commencé avec la comédienne un travail d'exploration corporelle assez proche du mime, suivi d'une mise en espace de sa voix dans différents décors sonores grâce aux logiciels Reaktor et Cubase. Ces traitements sonores ont été élaborés à l'issue de deux formation au CECN avec Alexander MacSween, qui est demeuré notre conseiller sur ce projet. Auparavant, nous avions déjà suivi la formation « Marionnettes et robots » avec Zaven Paré, ainsi qu'une session consacrée au motion capture. Le rêve d'un homme ridicule est encore en chantier, seul un extrait d'une vingtaine de minutes correspondant à la première phase du récit a été présenté fin mars 2007 à Mons.
Coproducteurs : Eudaïmon asbl (Belgique), La Maison Folie du Centre Culturel Transfrontalier, L'Espace Gérard Philipe de Feignies (France).
Réalisé avec l'aide du Ministère de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, Service général des Arts de la Scène. le projet a bénéficié de résidences cecn à Mons et Maubeuge.
Contact production
Heïdi Ostrowski
+32 497 99 13 80
heidi@loodness.net
www.eudaimon.loodness.net
Bio
Licenciée en journalisme et en écriture de scénarios à Bruxelles (1999-2000), elle part à Paris en 2001 pour travailler dans le domaine des arts de la scène. A Paris, elle suit également des cours de théâtre à l'Actors studio.
Tout comme ses sœurs, elle goûte tôt à la scène, tant en musique (piano et saxophone) qu'en danse. Ensemble, elles feront leurs premières expériences de scène dans des spectacles de danse, des concerts et des comédies musicales.
Actuellement, elle prépare la mise en scène de Le Rêve d'un Homme ridicule , projet qui allie plusieurs domaines (musique, danse, théâtre et nouvelles technologies numériques), sur base du texte de F.M. Dostoïevski (voir projet) Elle a également un projet de musique électronique et acoustique avec Ludovic Romain, avec qui elle écrit et compose. Leur groupe se nomme Circen Quiem.
Ludovic Romain compose de la musique électro-acoustique depuis quelques années déjà. A 11 ans, il découvre la création musicale électronique grâce aux nouvelles possibilités informatiques et c'est à 15 ans qu'il commence à jouer de la guitare et de la basse. Il a joué pendant de longues années pour différent groupes de musiques et a composé à plusieurs reprises, pour le théâtre.En plus du son, Il s'intéresse également à l'image : il est monteur et caméraman chez Liberty TV pendant 2 ans, il crée et met en ligne plusieurs sites Internet et il se forme dans différents stages d'application de la 3D (en vidéo et dans les arts de la scène).
En 2004, il est chargé de la création musicale pour les courts-métrages du Festival « 5 sur 5 », organisé par la Fondation DRAGONE et les Créations du DRAGON. Actuellement, il travaille sur un projet de plusieurs compositions musicales allant de la musique Rock acoustique à l'électronique avec Heidi Ostrowski, pour leur groupe Circen Quiem.
Il crée l'univers sonore et la musique du projet « le rêve d'un homme ridicule.
Daniel Danis
Kiwi
CECN : A l'origine du projet KIWI, il y a deux matériaux hétérogènes : votre texte et les images documentaires de Benoît Dervaux. Élaborés indépendamment, tous deux parlent de l'errance et de la misère d'adolescents à l'abandon en Roumanie. Comment avez vous été amené à réunir ces deux matériaux dans un spectacle ?
Daniel Danis : En 1992, Benoît Dervaux menait une première exploration à Bucarest pour y tourner un documentaire sur les enfants abandonnés. Il y a ensuite séjourné six mois, pour apprendre la langue et suivre deux bandes de jeunes marginalisés. Les images tournées allaient devenir en 1996 son fameux film Gigi, Monica ...et Bianca. A la même période, coïncidence, j'écrivais moi aussi un texte nommé Kiwi, qui parlait à peu près de la même chose : l'histoire d'un jeune garçon, Kiwi, et de son amie Litchi, deux jeunes qui vivant à proximité de la gare du Nord de Bucarest et qui tentent de survivre entre misère, vol et prostitution.
C'est la rencontre avec José-Manuel Gonçalvès, directeur de la Ferme du Buisson à Marne-la-Vallée, qui a permis à nos démarches de se croiser . Il s'agissait, à partir de mon texte Langue-à-langue des chiens de roche, d'imaginer ensemble un « chantier » pour le festival Temps d'Images en 2003. La collaboration a été riche, le résultat bien reçu. Deux ans plus tard, je suis revenu vers Benoit Dervaux pour lui proposer un nouveau projet, produit par le Fresnoy, le Grand Bleu à Lille et le Manège de Mons, à partir de ce texte, Kiwi. Je l'ai donc invité à s'impliquer à partir de ses images sur la Roumanie. Un temps, nous avions envisagé de tourner de nouvelles images, soit sous forme de documentaire, soit avec une distribution d'acteurs.. Après quelques essais, il s'est vite avéré que les images que Benoît avait encore en stock depuis 10 ans étaient beaucoup plus fortes.
Dans le spectacle, deux acteurs jouent les rôles de Kiwi et de Litchi. Une caméra les filme dans le noir : on ne voit pas directement les comédiens, seulement leur image par écrans interposés, entremêlées à des scènes tournées en extérieur et aux images de Benoit Dervaux. Ce travail vidéo, réalisé au Fresnoy, est assez basique : il s'agit simplement d'incrustations à partir d'un signal analogique, une technologie quasiment « archaïque » ! La difficulté c'est de réussir une narration de spectacle face à une caméra, de tenir dans cette faille entre théâtre et cinéma en inventant son propre vocabulaire à partir d'images réelles et fictives. Les prochaines étapes du projet auront lieu au Fresnoy puis à Mons au CECN. Entre les deux, une première étape du spectacle sera présentée en juin 2007 au Grand Bleu, à Lille. La création du spectacle est prévue pour novembre 2007 à Valencienne.
Coproducteurs : Le Grand Bleu, Etablissement National de Production et de Diffusion Artistique, Lille – Région Nord – Pas-de-Calais - Compagnie Daniel Danis, arts / sciences, Montréal - Le Fresnoy, Studio National d'Art Contemporain, Tourcoing - Commission Internationale du Théâtre Francophone - Les Coups de Théâtre, Montréal
ERAC, Cannes - Le manège.mons/centre dramatique - le manège.mons/cecn, Belgique - Centre des Arts scéniques (CAS), Belgique
Contact production
Le Grand Bleu Etablissement National
de Production et de Diffusion
Artistique
Anne Désidéri Tel : 03.20.00.55.71
adesideri@legrandbleu.com
www.legrandbleu.com
Bio
Daniel Danis vit au Saguenay. En 1993, sa première pièce, Celle-là, publiée chez Leméac, obtient le Prix de la Critique de Montréal, le Prix du Gouverneur général du Canada ainsi que le Prix de la meilleure création en langue française du Syndicat Professionnel de la Critique Dramatique et Musicale (1995), dans la mise en scène d'Alain Françon à Théâtre Ouvert. Les pièces publiées par la suite par Daniel Danis tels « Cendres de cailloux », « Le Chant du Dire-Dire » et « La Langue-à-Langue des chiens de roche » lui valurent bien d'autres prix et éloges. Outre au Québec, ses pièces ont été jouées à Toronto,Vancouver, Calgary, Edmonton, ainsi qu'en Écosse, en Irlande, en Belgique, en France et en Allemagne. Daniel Danis est un auteur de renommée internationale. Découvrez une des plus belles écritures québécoises, née de rêves et d'images...
Propos recueillis par Julien Carrel
Julien CARREL,
Publié le 2007-07-18
Source Texte : transcultures
Genre : entretien
Thème(s) : théâtre, danse, technologie,
Mot(s) Important(s) : théologie, théâtre, danse, classique, son,
Artiste(s) : Emmanuelle VINCENT (comédienne ), Pierre LARAUZA (vidéaste), Julien CARREL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
A voir : http://www.transitscape.net