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La maison Folie, un espace des possibles pour la création décloisonnée
Retour sur l'ouverture prochaine de la maison Folie de Mons
Anne André, déjà bien connue de par sa présence au manège.mons en tant que directrice administrative, reprend aujourd'hui la direction de la maison Folie de Mons, espace de création prometteur, qu'elle souhaite ouvrir à la création contemporaine sous ses multiples formes, privilégiant tout autant le partenariat avec les associations locales que le recours aux nouvelles technologies. Nous avons recueilli son témoignage sur les prémices d'une saison qui s'annonce sous les meilleurs auspices artistiques.
CECN : Vous êtes depuis peu devenue directrice de la maison Folie. Quels seront vos axes de programmation ? Quelle sera la spécificité de la maison Folie dans le tissu culturel montois ?
Anne André : D'abord, je voudrais rappeler que les maisons Folie sont une émanation de Lille 2004. Il en existe 10 dont 8 dans le Nord de la France et 2 en Belgique, à Mons et Courtrai. La nôtre constitue un des pans d'activités du manège.mons, un de ses secteurs.
Les maisons Folie sont des lieux qui accueillent à la fois des activités de création, de diffusion et de pratiques artistiques. Elles sont également des lieux festifs, des lieux de convivialité, de rencontre entre habitants, artistes qui sont en résidence ou de passage, qui sont issus du quartier, de la ville ou d'ailleurs. Elles sont à la fois des équipements de proximité et des instruments de création artistique. Les activités sont transdisciplinaires : elles touchent aux arts vivants, arts plastiques, arts numériques, littérature, poésie, architecture, design... mais aussi à l'art culinaire ou encore à l'art du jardin. Notre objectif, c'est de faire en sorte que l'art sous toutes ses formes actuelles, puisse se vivre au quotidien, c'est tenter de rendre l'art accessible au plus grand nombre, non en le vulgarisant mais en le démystifiant, en le rendant familier jusqu'à le faire entrer dans la vie, dans l'intimité de chacun. Il s'agit de sortir du conditionnement, du « marché », du « public-cible » du marketing, de réveiller notre aptitude à sentir, à agir, à réagir, mais aussi de prendre conscience de notre singularité, et par là même, favoriser les rencontres, les liens sociaux, participer à notre « devenir ensemble ». C'est, en d'autres termes, replacer l'artiste, le créateur, au milieu de notre société : qu'il s'infiltre partout, par toutes les « failles ». Un formidable enjeu !
Quant à ma politique de programmation, je voudrais y développer les 4 axes suivants. La maison Folie sera d'abord le lieu privilégié d'accueil de projets issus d'associations montoises : nous travaillerons pour qu'elles puissent trouver un accueil et un environnement propices au développement de leur projet. Ce sera également le lieu de résidence de certains projets de création : des projets particulièrement novateurs par leur forme, leur contenu et le processus de création qu'ils développent. La maison Folie devenant ainsi un laboratoire d'innovations, d'expérimentations où le processus de création, plus que le résultat final, sera privilégié. L'esthétique des lieux de la maison Folie -la friche, le non-fini- participe de cette démarche qui consiste à privilégier le processus de création, toujours en devenir, en puissance d'évolution continuelle. A côté de ces temps forts de création, il y aura des rendez-vous réguliers avec des artistes en accueil, des temps d'expression et de prise de parole. Nous développerons, par exemple, des projets prioritairement ouverts vers les jeunes, par des accueils de spectacles, de concerts, en les accompagnant dans leur projet de création, en leur consacrant une plate-forme. Ils pourront à la maison Folie venir réaliser leurs clips, répéter leur concert, concevoir une installation ...Nous organiserons aussi des ateliers d'initiation et de pratiques artistiques et, dernier axe, nous aurons l'occasion de nous connecter avec le monde, de relier le local à l'international.
CECN : Quels types de synergie envisagez-vous avec des structures telles le CECN ou Transcultures, autour d'enjeux technologiques ou interdisciplinaires ?
A. A. : Dans le cadre des résidences de création de la maison Folie, j'ai proposé à Pascal Keiser de développer des résidences technologiques. En partenariat avec TechnocITé, nous mettons des espaces, du matériel et du personnel qualifié à disposition des créateurs en même temps que nous organisons des ateliers. Les artistes trouvent là les conditions favorables au développement de leurs projets. L'intention, à terme et à condition d'en avoir les moyens financiers, est de proposer aux artistes en résidence, un temps fort -et convivial- de présentation de leur travail en cours de réalisation à des producteurs et/ou des programmateurs. Ce qui me dérange dans nombre de spectacles qui associent les technologies numériques, c'est que celles-ci prennent le pas sur l'artistique, sur le « sens ». Elles ne sont pas au service de l'œuvre. Sans doute à cause d'un manque de « maîtrise » de ces nouveaux outils. Nous avons aussi l'idée de passer des commandes de courtes pièces à quelques écrivains en leur proposant au préalable une découverte des « possibles » technologiques. Nous demanderons alors à quelques metteurs en scène « initiés » à ces outils de les mettre en scène. Spectacles qui s'inscriront tout naturellement dans le cadre du Festival Via, qui se déroule en mars.
Cette saison, nous accueillerons notamment la jeune chorégraphe belge Florence Corin en résidence. Après avoir participé à un atelier de Motion capture optique dans le cadre du CeCN, elle nous présentera en mars, son spectacle/installation Blobettes. Nous mettrons espace, matériel (capture de mouvement, capteurs permettant l'interactivité, caméra HD ...) et personnel à sa disposition.
Avec Philippe Franck (Transcultures, City Sonics, Musiques Nouvelles/le manège.mons) et la collaboration de l'association montoise Manufactor, nous envisageons un autre temps fort dès la mi décembre 2005 dans le cadre d'une initiative de Transcultures mené avec la Communauté Wallonie-Bruxelles, qui fait suite au festival des arts électroniques Netd@ys. Nous proposerons à Mons en complément d'autres présentations et événements présentés à Bruxelles, une sorte de panorama des arts numériques en Communauté Wallonie Bruxelles assorti d'une réflexion sur ces enjeux d'aujourd'hui et de demain.
Ce sera l'occasion aussi pour Valérie Cordy et le Collectif METAmorphoZ, que nous avons accompagnés à deux moments (Doppelganger au Festival au Carré et J'apLDKej'pe au Théâtre des Doms) de son processus d'investigation relatif à l'intégration des technologies numériques et de la « culture électronique » (jeux vidéos, téléphone mobile, Internet ....), de présenter leur nouveau DVD-Rom, projet pour lequel ils ont reçu le Prix multimédia de la Communauté Wallonie Bruxelles.
Avec les conseils de Pascal Keiser et de Philippe Franck, avec les réseaux du CeCN, de Technocité, de Transcultures et de nos autres partenaires réunis, la maison Folie va développer une politique dynamique d'accueil et de résidences interdisciplinaires, d'écritures numériques et de pratiques innovantes. La maison Folie de Mons (et nous comptons bien développer des collaborations avec les autres maisons Folie dans l'interrégion) devient ce creuset où, modestement mais de manière volontaire, se prépare l'avenir des modes créatifs et associatifs : apprendre, comprendre, s'interroger, se positionner face aux enjeux, changements et « possibles » suscités par la révolution numérique et les nouvelles pratiques artistiques.
Ces partenariats vont nous permettre également la réalisation d'autres projets multimédia que nous avons avec le Conservatoire, l'Ecole Supérieure des Arts Plastiques et Visuels de Mons, le CPAS, les Maisons de Jeunes, les CEC, des projets qui mêlent différents publics. La maison Folie sera une véritable fourmilière, où écrivains, chorégraphes, musiciens, plasticiens, architectes, designers, vidéastes, Dj's ... amateurs, professionnels, jeunes, adultes, ...pourront investir tous les espaces, pendant quelques semaines, pour créer une ou plusieurs œuvres collectives et/ou individuelles. Parallèlement à cette ouverture, nous proposerons un véritable accompagnement des projets et une certaine vision décloisonnée des pratiques artistiques, associatives et culturelles contemporaines.
CECN : Quels moyens financiers recevez-vous actuellement pour la maison Folie ?
A. A. :Actuellement, rien. Les économies d'échelles générées par la création du manège.mons qui a réuni plusieurs structures du secteur des arts vivants de Mons et la solidarité des différents secteurs qui désormais le composent, ont permis la mise en marche de la maison Folie. Aujourd'hui, pour permettre de développer ses objectifs, il lui faut des moyens propres, pour d'une part assurer le fonctionnement des nouvelles infrastructures (l'Espace des Possibles, la Margin'halle) et d'autre part, pour ses activités. Nous y travaillons avec tous nos partenaires et avec enthousiasme.
Vincent DELVAUX,
Publié le 2006-02-21
Source Texte : transcultures, arcticle publié sur le magazine du CECN n°3
Genre : entretien
Thème(s) : théâtre, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : politique culturelle, centre culturel-monuments historiques , Maison des cultures du monde, maison Folie, théâtre, multimédia, musique, nouvelles technologies, art vivant,
Artiste(s) : Philippe FRANCK (directeur de structure), Vincent DELVAUX (rédacteur), Pascal KEISER (directeur de structure), Anne ANDRE (Directeur Artistique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
A voir : http://www.lemanege.com
http://www.citysonics.be
http://www.transcultures.net