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Charles Carcopino
Profession artiste de l'image
Entretien avec Charles Carcopino, talentueux vidéaste au service d'opéra ou de chorégraphie
Jeune vidéaste talentueux, collaborant autant dans le monde de la danse que au sein du cénacle de l'opéra, Charles Carcopino est un artiste aux multiples facettes et un technicien de l'image de haut vol. Il est par ailleurs responsable du studio numérique de la Maison des Arts de Créteil (MAC) où de nombreuses collaborations avec des compagnies et artistes de tous bords se mettent en place dans une grande effervescence créative. Après avoir donné récemment un concert assorti d'un mix d'images en live au Centre Pompidou et participé au festival Territoires Electroniques, il nous livre ici quelques réflexions sur son travail personnel et son action au sein de la MAC.
- CECN : Parlez-nous de votre parcours et en quoi votre formation de vidéaste influe-t-elle sur votre travail d'aujourd'hui ?
Charles Carcopino : J'ai suivi une formation aux techniques de la vidéo et du multimédia avant de me spécialiser dans le domaine du spectacle vivant. Depuis 2000, j'ai rejoint la Maison des Arts de Créteil, où je m'occupe du studio vidéo. Lorsque je suis arrivé, il n'y avait rien, tout était à inventer, mais rapidement, grâce au soutien de la MAC, des collaborations se sont esquissées avec des artistes du spectacle vivant. La MAC est par vocation dédiée aux arts de la scène mais il manquait à l'époque un savoir-faire suffisant pour travailler sur ces formes nouvelles alors que la demande se faisait de plus en plus importante.
Depuis, grâce à de nombreux échanges intellectuels ou de pratiques, j'ai pu bénéficier de l'expérience d'artistes qui sont passés par la MAC, comme la Cie Montalvo, avec laquelle j'ai collaboré activement, sur le spectacle Mosaïque notamment. J'ai aussi été en charge du festival Exit, qui propose une approche pluridisciplinaire et où l'on présente beaucoup d'installations et de formes hybrides.
Le Studio de la MAC est un endroit propice pour initier des collaborations intéressantes, par exemple j'y ai ainsi rencontré Laurent Pelly (qui est metteur en scène d'opéra) qui m'a immédiatement fait confiance et m'a permis de réaliser ma première création vidéo. A présent, nous travaillons sur une version des Aventures d'Alice au Pays des Merveilles, qui sera présentée en février 2006.
J'ai également collaboré avec la compagnie de danse Blanca Li (notamment sur Border Line en 2002 et Alarme en 2004) et en ce moment, nous préparons la prochaine création, envisagée pour janvier 2007
Dans mon travail, je tiens toujours compte des contraintes liées aux formes théâtrales : le dispositif vidéo doit être léger, facile à installer et doit pouvoir fonctionner sans moi, ce qui est indispensable dans le cas de longues tournées.
- CECN : Vous avez présenté très récemment un spectacle à Beaubourg et une installation à Aix-en-Provence. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
C.C. : Pour le Centre Pompidou, il s'agissait d'une vraie création avec le compositeur électronique François-Eudes Chanrault, qui avait également collaboré sur Alarme de la Cie Blanca Li. C'est d'ailleurs dans ce contexte que nous nous sommes rencontrés et cela a été une collaboration exceptionnelle. Son univers musical est très imprégné de culture électronique, de fantasmagorie et de science-fiction, je m'y retrouve parfaitement. Il a un album qui sort d'ailleurs au mois d'octobre 2005 avec une tournée probable par la suite. Nous avons fait une représentation unique intitulée Personal Music Computer and Guest (le 15 septembre dernier), un concert live, qui nous a permis de nous livrer à plus d'improvisation et à un mix d'images en live. Celles-ci étaient projetées sur le plateau, à même le sol ou sur les murs, sans aucun écran. Pour un mixage comme celui-ci, j'utilise uniquement mes propres images, ce qui demande beaucoup de préparation et un laboratoire de prises de vue.
Pour Aix-en-Provence, j'ai travaillé surtout sur un conseil en scénographie image dans le cadre du festival Territoires Electroniques, dédié aux musiques électroniques et dirigé par Biomix qui est parti du fameux label Warp pour organiser ce festival, initialement dans les murs de la Fondation Vasarely en 2001. Depuis, il a lieu de manière annuelle. A cette occasion, je me suis associé avec l'éditeur de DVD artistique Eric Dalbin (NDRL : qui compte notamment à son catalogue Labland, du duo berlinois Pfadfinderei et Modeselektor, présenté dans le cadre de City Sonics 2005) et j'ai conçu un dispositif d'écrans adapté au lieu et ouvrant aux artistes la voie de possibilités techniques plus étendues, comme par exemple le fait de pouvoir mixer sur plusieurs signaux simultanément ou de proposer des espaces immersifs.
- CECN : Vous avez créé de nombreuses scénographies vidéo pour des spectacles d'opéra ou de danse. Comment percevez-vous votre travail et les relations qui l'unissent aux autres éléments de la composition présents sur le plateau ?
C.C. : Chaque projet à sa propre histoire et sa spécificité. J'essaie toujours de me mettre au service d'un artiste, chorégraphe ou metteur en scène. Il me faut m'imprégner de leur univers.
Par exemple au niveau de la danse, je tiens à être présent lors des répétitions. Blanca Li me laisse une grande liberté et il y a aussi un processus d'échanges réciproques entre nous.
Dans un opéra, le mode de production est très différent, tout y est anticipé longtemps à l'avance, notamment les décors. Avec la décoratrice Chantal Thomas et Laurent Pelly, il y a une grande de complicité et nous travaillons sur des surfaces de projection originales. A vrai dire, je trouve que nous sommes trop saturés d'images et j'ai dès lors du mal à travailler avec des écrans sur scène. Je m'intéresse plus à la lumière, la texture ou la matière des images, qu'à celles-ci pour elles-mêmes.
- CECN : Quel genre d'esthétique privilégiez-vous et quel type de rapport voulez-vous instaurer avec le public à travers votre travail ?
C.C. : A nouveau, cela dépend des projets. De manière générale, je ne veux pas que le public se sente au cinéma lorsqu'il va voir un spectacle. C'est pour cela que l'image doit se confondre avec la lumière et la scénographie et se mettre au service de la mise en scène. La tentation est parfois grande d'envahir l'espace avec des images spectaculaires mais il faut trouver un équilibre.
- CECN : De par la nature même de votre travail, vous êtes amené à manipuler les technologies numériques. En quoi celles-ci ont-elles, d'après vous, changé l'approche traditionnelle aux arts de la scène ?
C.C. : Aujourd'hui, on assiste a un effet de mode, c'est devenu une nécessité d'intégrer de l'image ou des projections à un spectacle, même lorsque l'effet est gratuit. Je n'adhère pas à cette tendance mais par contre je suis l'évolution des technologies avec beaucoup de fascination. Aujourd'hui, nous disposons d'un énorme potentiel, mais cela ne veut pas dire pour autant que cela va engendrer de meilleurs spectacles. La technologie ne remplacera jamais la dramaturgie.
- CECN : En quoi, des centres de compétence comme le CECN ou la MAC, avec ses studios, peuvent venir en aide à des artistes désirant intégrer la technologie dans leur projet ?
CC. : Nous sommes en train de mettre en place une série de formations pour la saison prochaine qui s'axeront autour de notre programmation et du prochain festival Exit en mars 2006. Nous voulons partager nos expériences et notre savoir-faire technique. Nous inviterons plusieurs intervenants, autant sur les parties techniques, que littéraires ou dramaturgiques... Et puis, il y aura un exemple concret autour d'un vrai spectacle où l'on amène les gens sur le plateau.
Pour l'instant à Créteil, nous avons développé un travail de sensibilisation autour des technologies de l'image (montage et composition vidéo) et du son, auprès de jeunes de lycées et de collèges, avec lesquels nous avons fait des ateliers et un spectacle, associés à un vrai dramaturge.
Pour les professionnels des arts de la scène, nous désirons renforcer notre partenariat avec le CECN.
Au niveau matériel, nous disposons de stations mobiles, que l'on peut utiliser partout, même en dehors du studio. Pour le son, nous travaillons en étroite collaboration avec le Manège de Maubeuge, avec lequel il y a eu un fort partenariat à l'occasion de Lille 2004, et qui possède une station de montage Protools.
Chacun a ses spécificités et nous tentons de jouer sur la complémentarité entre les structures : le CECN a un réseau de formation où germe la relève future, qui apporteront bientôt leur regard et leurs propositions.
- CECN : La MAC a sorti un DVD reprenant ses diverses productions depuis plusieurs années. Vous avez coordonné ce travail, pouvez-vous nous en parler ?
C.C. : Il s'agit de notre démo, ce qui est très important car nous communiquons beaucoup autour de nos productions. C'est par ce biais que nous allons valoriser notre travail davantage.
Nous sommes bien entendu plusieurs à travailler sur ce projet, l'apport de Julien Nesme, régisseur du studio et vidéaste, est à ce titre fondamental. Nous sommes tous multicasquettes et passons de la technique à l'artistique ou la production. C'est très stimulant.
- CECN : Comment aimeriez-vous développer le travail de la MAC davantage ?
C.C. : A l'instar de la plupart des professionnels de l'audiovisuel, je suis frappé par la révolution de la Haute Définition, car dans le spectacle vivant, nous travaillons sur de très grandes tailles d'image, ce que la HD permet avec un rendu très fin. Les outils sont déjà là et nous voudrions pouvoir les proposer rapidement à nos compagnies.
Vincent DELVAUX,
Publié le 2007-02-21
Source Texte : transcultures, article publié sur le magazine n°3 du CECN
Genre : entretien
Thème(s) : vidéo, arts de la scène,
Mot(s) Important(s) : opéra, danse contemporaine, théâtre, vidéo, vidéaste,
Artiste(s) : Charles CARCOPINO (vidéaste), Vincent DELVAUX (rédacteur), Laurent PELLY (metteur en scène), François-Eude CHANRAULT (compositeur), Eric DALBIN (directeur de structure), Chantal THOMAS (décoratrice), BLANCALI (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Transcultures - http://www.watoo.net/beta/transq
A voir : http://www.maccreteil.com